Au Togo, la mort de Nestor Akawa, 27 ans, en garde à vue dans la brigade de gendarmerie d’Agbatitoe, suscite une vive émotion et relance le débat sur les conditions de détention dans le pays. Père de deux enfants, originaire de Laokopé, le jeune homme n’est jamais rentré chez lui après son interpellation.
Mardi 17 mars 2026, sa famille, ses proches et le chef du village de Laokopé ont choisi de briser le silence lors d’une émission diffusée en langue locale sur la radio Kanal FM. Leurs témoignages, précis et concordants, dressent le récit d’une interpellation aux contours flous et d’une garde à vue marquée, selon eux, par des violences.
À l’origine de l’arrestation, une affaire remontant à cinq ans. À l’époque, un expatrié avait financé un projet agricole de culture de soja dans le village de Laokopé, dont Nestor Akawa assurait la gestion. Chargé de collecter une somme de 700 000 francs CFA, le jeune homme avait été victime, selon ses proches, d’un cambriolage la veille du versement des fonds.
L’affaire semblait close après le départ du promoteur. Mais selon les témoignages recueillis, un certain Jacques, chargé ultérieurement de superviser les activités du projet, aurait relancé le dossier, conduisant à l’arrestation du jeune homme.
De graves violences sur Nestor Akawa
Le jour des faits, des individus en civil se présentent au village à moto. Ils abordent Nestor Akawa sous prétexte d’un projet agricole et l’invitent à les accompagner. Rassuré, et ne se sachant pas recherché, il accepte de les suivre. Ce n’est que plus tard que ses proches apprendront qu’il a été conduit à la brigade de gendarmerie d’Agbati. Selon leurs déclarations, il aurait été déjà menotté et entravé à son arrivée. Inquiets de son absence, ses amis entament des recherches, avant que le jeune homme lui-même ne parvienne à contacter un proche pour signaler sa situation.
Les témoignages de la famille décrivent une scène particulièrement violente au sein de la brigade. L’oncle de la victime, Komla Matadjaso, affirme avoir assisté à des sévices infligés au jeune homme par des responsables de l’unité. Selon lui, malgré une tentative de médiation – accompagnée d’une proposition de remise de 50 000 francs CFA et de documents fonciers – les gendarmes auraient poursuivi les violences. Il évoque notamment l’usage de fils électriques pour frapper la victime.
D’autres éléments rapportés par la famille font état d’humiliations supplémentaires, notamment la confiscation d’argent destiné à acheter de l’eau et de la nourriture pour le détenu.
« Ils risquent de me tuer »
Le récit des dernières heures de Nestor Akawa renforce l’émotion suscitée par l’affaire. Selon ses proches, le jeune homme aurait exprimé sa crainte pour sa vie. « Ne me laissez pas ici, ces gendarmes risquent de me tuer », aurait-il confié à sa famille avant leur départ.
Quelques heures plus tard, aux environs de 3 heures du matin, un appel téléphonique annonce son décès. Le corps est transféré à la morgue de Notsé sans que la famille n’en soit informée au préalable.
Face à ces accusations, le commandant de brigade mis en cause aurait rejeté toute responsabilité, niant avoir exercé des violences sur le détenu. Une version contestée par la famille, qui réclame toute la lumière sur les circonstances du décès.
Des démarches ont été engagées auprès des autorités administratives et judiciaires locales. Une autopsie a été ordonnée afin de déterminer les causes exactes de la mort et d’éventuelles traces de violences. Dans l’attente des résultats, les proches de la victime exigent des sanctions exemplaires. « Il y a des lois dans ce pays », rappellent-ils, appelant à ce que justice soit rendue.
Au-delà du cas individuel, cette affaire intervient dans un contexte où les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement des abus dans les lieux de détention. Ces incidents alimentent les interrogations sur le respect des procédures judiciaires et sur les mécanismes de contrôle des forces de sécurité.
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