Le Parlement de la CEDEAO a ouvert lundi à Abuja sa première session extraordinaire de 2026. Les parlementaires ouest-africains ont placé l’intégration économique au cœur de leurs priorités. Entre ambitions continentales et fragilités structurelles, la Communauté est sommée de transformer l’essai de la ZLECAf.
Les travaux ouverts par Mémounatou Ibrahima, la présidente de l’institution, portent sur un thème stratégique : « Approfondir l’intégration régionale à travers la ZLECAf : opportunités et défis pour l’expansion du commerce intracommunautaire ».
L’enjeu dépasse la seule coordination technique. Il s’agit, pour l’Afrique de l’Ouest, de consolider sa place dans le vaste marché continental en construction et d’éviter un déclassement dans la hiérarchie des blocs économiques africains.
« La CEDEAO, forte d’un demi-siècle d’intégration, ne peut se contenter d’accompagner ce processus. Elle doit le conduire, le coordonner, l’harmoniser. C’est une exigence historique — et ce n’est pas un hasard si notre région abrite le Secrétariat de cet Accord.», a déclaré Mme Ibrahima à l’ouverture des travaux.
Une ambition continentale du Parlement de la Cedeao
Entrée dans sa phase opérationnelle, la ZLECAf ambitionne de constituer l’un des plus grands espaces commerciaux intégrés au monde en nombre d’habitants. Pour l’Afrique de l’Ouest, forte d’environ 400 millions de citoyens, l’opportunité est considérable. Elle offre un élargissement des débouchés, une industrialisation accélérée, une intégration dans des chaînes de valeur régionales et continentales.
La CEDEAO dispose d’atouts non négligeables. Elle s’appuie sur un demi-siècle d’expérience communautaire, un tarif extérieur commun, des mécanismes de libre circulation des personnes et des instruments innovants tels que le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). Sur la dernière décennie, la région a affiché des taux de croissance supérieurs à la moyenne continentale, portés notamment par des économies comme le Nigeria, le Ghana ou la Côte d’Ivoire.
Mais ces acquis masquent des fragilités persistantes. Le commerce intracommunautaire demeure inférieur à 10 % des échanges totaux. Les économies ouest-africaines restent dominées par l’exportation de matières premières – cacao, coton, hydrocarbures, minerais – avec une transformation locale limitée. La structure productive est souvent concurrentielle plutôt que complémentaire, ce qui réduit les marges d’intégration industrielle.
Dans ce contexte, la ZLECAf ne saurait être un simple cadre juridique. Elle suppose une convergence réelle des politiques industrielles, logistiques et fiscales, ainsi qu’une harmonisation des stratégies nationales encore inégales dans leur degré de ratification et de mise en œuvre.
« Notre rôle, en tant que parlementaires, est déterminant. C’est à nous d’harmoniser les cadres juridiques, de lever les barrières non tarifaires et les entraves à la libre circulation des personnes et des biens, de veiller à contrôler l’utilisation des ressources communautaires, de veiller à ce que cette intégration économique soit inclusive, équitable et porteuse de progrès social », a insisté la Présidente du Parlement de la CEDEAO.
L’intégration économique à l’épreuve du politique
Les débats d’Abuja ne portent uniquement sur le commerce. Les parlementaires ont inscrit l’intégration économique dans un triptyque plus large à savoir : la consolidation démocratique, la sécurité régionale et l’inclusion sociale.
La séquence politique ouest-africaine récente, marquée par les transitions militaires, les sanctions communautaires, et les recompositions institutionnelles, a rappelé la fragilité du socle normatif régional. La levée des sanctions contre la Guinée après l’élection présidentielle de décembre 2025 et l’attention portée aux échéances électorales au Cap-Vert, en Gambie et au Bénin illustrent une volonté de stabilisation. Sans prévisibilité politique, aucune intégration économique durable n’est possible.
Parallèlement, la menace sécuritaire – terrorisme sahélien, criminalité transfrontalière – pèse sur les corridors commerciaux et décourage l’investissement. La solidarité sécuritaire, évoquée avec insistance par Mémounatou Ibrahima, apparaît comme le préalable à toute ambition de marché intégré.
Enfin, la question du leadership féminin, portée notamment par l’Association des femmes parlementaires de la CEDEAO (ECOFEPA), renvoie à une dimension souvent négligée de l’intégration qui est son caractère inclusif. L’instauration de quotas dans les délégations parlementaires constitue un signal politique, mais l’enjeu réside désormais dans la capacité à traduire cette représentation en impact économique tangible, notamment pour les commerçantes transfrontalières et les PME dirigées par des femmes.
Au fond, la CEDEAO se trouve à un moment charnière. Si elle parvient à articuler stabilité politique, sécurité collective et transformation productive, elle pourra peser comme moteur régional de la ZLECAf. À défaut, le risque est celui d’une intégration nominale, où les textes précèdent les infrastructures et où les ambitions dépassent les capacités.
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