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Togo : ADDI réclame une constitution consensuelle

Didier ASSOGBA
4 Min Read
Prof Aimé Gogue, président de ADDI

À Lomé, le débat sur l’efficacité du dialogue politique rebondit. L’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI) a vivement critiqué, le 28 février, le fonctionnement du Cadre permanent de concertation (CPC). Avec une posture à la fois offensive et calculée, le parti d’opposition appelle à engager des échanges pour une constitution consensuelle.

Dirigé par le professeur Aimé Gogué, le parti dénonce un « dialogue sans effet », estimant que les résolutions adoptées au sein du CPC peinent à se traduire en décisions tangibles. Derrière la formule, un grief central porté contre le pouvoir de Lomé reste l’écart persistant entre les discussions formelles et leur mise en œuvre effective.

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Un déficit de traduction politique

Au cœur des critiques figure la gestion du processus de révision constitutionnelle. L’ADDI regrette que cette réforme institutionnelle majeure se soit déroulée sans véritable consultation des formations réunies au CPC. Pour le parti, cette marginalisation affaiblit la crédibilité même de l’instance, censée être un espace de co-construction politique.

Par ailleurs, le parti pointe la non-publication des résultats de l’audit du fichier électoral. Cette opération, présentée comme un levier d’assainissement et de transparence, devait renforcer la confiance dans le processus électoral. Son absence de restitution publique nourrit, selon l’ADDI, la suspicion et alimente le doute sur la fiabilité des prochaines échéances.

Le découpage électoral constitue également un sujet sensible. Le parti juge la répartition actuelle des circonscriptions déséquilibrée et demande une révision visant à garantir une meilleure proportionnalité démographique. ADDI relance ici la question de l’équité dans la représentation nationale.

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Sur le terrain des droits et libertés, l’ADDI adopte une position nuancée. Le parti salue la libération de certains détenus politiques, qu’il considère comme un geste d’apaisement. Mais il estime cette mesure insuffisante tant que d’autres personnes demeurent incarcérées pour des motifs liés à leurs opinions.

Cette lecture partielle des avancées traduit une stratégie classique de l’opposition modérée : reconnaître les signaux positifs sans relâcher la pression sur les dossiers non résolus.

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Pour ADDI, il faut continuer sans cautionner

Contrairement à d’autres formations ayant opté pour le boycott, l’ADDI choisit de rester au sein du CPC. Un choix qui relève d’un calcul politique. Il compte peser de l’intérieur plutôt que se marginaliser. Mais cette participation est désormais conditionnée à des « réformes profondes ».

Le parti formule trois demandes. D’abord, il réclame une Constitution consensuelle, issue d’un large accord entre les forces politiques, afin de garantir la légitimité de l’architecture institutionnelle. Ensuite, ADDI appelle à une réforme globale du cadre électoral, incluant le fichier, le découpage et les modalités d’organisation des scrutins. Enfin, la formation politique exige des mesures urgentes contre la vie chère, afin d’intégrer les préoccupations socio-économiques au dialogue politique.

    Ce dernier point élargit le périmètre du débat. En insistant sur le pouvoir d’achat, l’ADDI entend relier la question institutionnelle aux réalités quotidiennes des citoyens, dans un contexte marqué par la pression inflationniste et les tensions sociales.

    Créé pour désamorcer les crises et institutionnaliser le dialogue entre majorité et opposition, le Cadre permanent de concertation fait l’objet de critiques récurrentes. Ses défenseurs y voient un espace de discussion utile dans un paysage politique historiquement conflictuel. Ses détracteurs dénoncent une enceinte consultative sans véritable pouvoir contraignant.

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