Près d’un Togolais sur deux juge « positive » l’influence économique et politique de la Russie sur son pays. C’est l’un des enseignements du Round 10 de l’enquête 2024-2025 menée par Afrobarometer dans 38 pays africains. Avec 49 % d’opinions favorables – « quelque peu » ou « très » positives – le Togo se situe au cinquième rang continental, à égalité avec le Tchad, le Congo-Brazzaville et la Guinée.
Ce positionnement place Lomé dans la moitié supérieure du classement, au-dessus de la moyenne africaine établie à 36 %. Mais il demeure sensiblement en retrait par rapport à certains pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre où la présence russe, notamment sécuritaire, est plus affirmée.
Le contraste est particulièrement frappant avec le Mali, où 88 % des répondants expriment une perception positive de la Russie, dans un contexte de rapprochement politique et militaire assumé avec Moscou. Au Cameroun, cette perception atteint 60 %. À l’inverse, l’Afrique australe affiche des niveaux nettement plus bas : 13 % au Botswana, 14 % en Eswatini et au Lesotho.
Au Togo, la photographie d’ensemble révèle une opinion nuancée : 9 % des personnes interrogées se déclarent neutres, 16 % jugent l’influence russe négative et 27 % n’expriment aucun avis ou refusent de répondre. Cette part importante d’indécision traduit à la fois une distance relative vis-à-vis du débat géopolitique et une exposition informationnelle inégale.
Une influence qui ne rivalise pas avec les partenaires traditionnels
L’autre enseignement majeur du rapport tient à la hiérarchie des puissances perçues comme influentes en Afrique. À l’échelle des 38 pays, la Chine arrive en tête avec 62 % d’opinions positives, suivie des organisations régionales (56 %), de l’Union africaine (55 %), des États-Unis (52 %) et de l’Union européenne (50 %). La Russie, avec une moyenne continentale de 36 %, ferme le classement, derrière l’Inde (39 %) et la France (41 %).
Le Togo ne fait pas exception à cette tendance structurelle. Si Moscou bénéficie d’un capital d’image non négligeable, notamment dans un contexte global de recomposition des alliances, elle ne parvient pas à concurrencer les partenaires économiques traditionnels ou les institutions multilatérales en termes de perception globale d’influence.
Autrement dit, l’adhésion togolaise à la Russie existe, mais elle demeure relative et comparativement moins structurante que celle associée à d’autres acteurs majeurs.
Sur la guerre en Ukraine, la singularité togolaise apparaît plus nette. Seuls 54 % des répondants déclarent avoir entendu parler du conflit russo-ukrainien, un taux inférieur à la moyenne africaine (70 %) et l’un des plus faibles du panel, à égalité avec le Tchad.
À titre comparatif, des pays insulaires comme Cabo Verde (98 %), les Seychelles (94 %) ou São Tomé-et-Príncipe (91 %) affichent des niveaux d’information nettement supérieurs. En Afrique de l’Ouest, le Ghana (72 %) et le Sénégal (71 %) se situent au-dessus du Togo, tandis que le Bénin (49 %) et le Nigeria (49 %) présentent des niveaux comparables.
Cette exposition partielle au conflit contribue sans doute à la modération des positions exprimées.
Une neutralité à l’égard de la Russie largement plébiscitée
Parmi les Togolais informés du conflit, 75 % estiment que leur gouvernement devrait adopter une posture de neutralité – un chiffre légèrement supérieur à la moyenne continentale (72 %). Seuls 16 % se prononcent en faveur d’un alignement pro-russe, tandis que le soutien à l’Ukraine reste marginal (3 %).
Cette préférence pour la neutralité s’inscrit dans une tendance largement partagée sur le continent. Le Mali constitue l’exception notable, avec 72 % des répondants favorables à la Russie, reflet d’un repositionnement stratégique assumé par Bamako. À l’inverse, au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Ghana, la neutralité dépasse également les 75 %.
Pour le Togo, ces données traduisent un double mouvement. D’un côté, une perception relativement favorable de la Russie, supérieure à la moyenne africaine. De l’autre, une prudence marquée quant à toute prise de position dans un conflit géopolitique majeur.
Dans un contexte international fragmenté, où les États africains cherchent à diversifier leurs partenariats sans rompre avec leurs alliances traditionnelles, la neutralité apparaît comme une stratégie de préservation des marges de manœuvre.
En définitive, si Moscou bénéficie au Togo d’un capital d’image non négligeable, celui-ci ne se traduit ni par une polarisation de l’opinion ni par un désir d’alignement affirmé. Le tropisme russe, réel mais mesuré, s’inscrit dans une logique plus large de multipolarité pragmatique, où l’intérêt national prime sur les clivages idéologiques.
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