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Uranium nigérien : Une cargaison controversée met le Togo dans l’embarras

Didier ASSOGBA
6 Min Read

Selon des informations relayées par plusieurs sources diplomatiques occidentales et confirmées par le journal Le Monde, le régime militaire du Niger négocierait la vente d’environ 1 000 tonnes d’uranium nigérien — du yellow cake stocké sur le site d’Arlit — à Rosatom, le géant nucléaire d’État russe. L’accord, estimé à 170 millions de dollars (environ 147 millions d’euros), aurait été conclu entre le général Abdourahamane Tiani, chef du régime nigérien, et la société russe.

D’après les informations disponibles, le minerai serait transporté par convoi à travers le Burkina Faso avant d’être acheminé jusqu’au port autonome de Lomé, au Togo, pour un embarquement vers Saint-Pétersbourg.

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Une perspective qui soulève de nombreuses inquiétudes, tant pour la sécurité régionale que pour la stabilité diplomatique. Car si cette opération devait être confirmée, elle placerait le Togo au cœur d’un dispositif logistique hautement sensible. La question se pose désormais : Faure Gnassingbé, le président du conseil (des ministres) du Togo autorisera-t-il le passage d’un tel convoi sur le sol togolais ?

Des risques sécuritaires majeurs

Selon des sources concordantes, le transport du minerai mobiliserait plusieurs dizaines de camions, devant traverser le nord et l’est du Burkina Faso, des zones aujourd’hui largement contrôlées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), filiale sahélienne d’Al-Qaida.

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Cette traversée de territoires instables fait craindre des attaques ou des tentatives de détournement, qui pourraient se révéler catastrophiques. « Si une seule tonne de ce minerai tombait entre les mains de groupes armés, les conséquences seraient potentiellement désastreuses », avertit un expert en prolifération nucléaire.

Une telle hypothèse pourrait en effet ouvrir la voie à des manipulations artisanales du matériau, entraînant des risques de radiation et de contamination dans toute la sous-région.

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Démenti officiel de Niamey

Cependant, une source gouvernementale nigérienne a formellement démenti l’existence d’un tel accord, affirmant qu’« aucun contrat de vente de yellow cake n’a été conclu entre le Niger et la Russie » et rejetant tout projet de transfert via le Togo.

Ce démenti ne suffit pas à apaiser les inquiétudes, tant le sujet est sensible dans un contexte de réalignement géopolitique du Sahel, marqué par un rapprochement accru des régimes militaires (au Mali, au Burkina Faso et au Niger) avec Moscou.

Le site d’Arlit, d’où proviendrait l’uranium nigérien concerné, était historiquement exploité par Orano, la société française de l’énergie nucléaire. Mais depuis le coup d’État de juillet 2023, la junte a entrepris une reprise en main des ressources minières, révoquant les licences d’Orano début 2024 et transférant le contrôle des sites à des entités publiques. Ce virage marque la fin de plus de cinquante ans de coopération nucléaire franco-nigérienne. Plusieurs diplomates et cadres français du secteur avaient été expulsés, accusés d’« ingérence » et d’« attitudes néocoloniales ».

En août 2025, Niamey a également nationalisé la principale mine d’or industrielle du pays, invoquant de « graves manquements contractuels » de l’exploitant occidental. Cette politique de souveraineté économique, saluée par certains, a toutefois accentué l’isolement international du Niger et accru la dépendance du régime vis-à-vis de nouveaux partenaires, au premier rang desquels la Russie.

Le Togo et l’uranium nigérien : un dilemme diplomatique

Dans ce contexte tendu, Lomé se retrouve dans une position délicate. D’un côté, le président du conseil, Faure Gnassingbé entretient des relations cordiales avec les régimes militaires du Sahel, notamment dans le cadre de la coopération régionale en matière de sécurité. De l’autre, le chef de l’État de l’exécutif togolais — médiateur mandaté par l’Union africaine dans la région des Grands Lacs — cultive une image de diplomate pragmatique et respecté sur la scène internationale.

Acceptera-t-il de laisser transiter sur le territoire togolais une cargaison susceptible de compromettre cette image ? L’on attend de voir. Mais quelques jours seulement avant la révélation de cette affaire, Faure Gnassingbé participait à Paris à une conférence internationale sur la paix et la sécurité dans la région, coorganisée avec le président français Emmanuel Macron. Une posture difficilement compatible avec l’accueil d’un convoi au potentiel explosif — au sens propre comme au figuré.

Dans l’attente d’une clarification officielle, tous les regards se tournent vers Lomé. La décision du président togolais, seul habilité à autoriser ou refuser le passage du convoi, pourrait peser lourdement sur les équilibres diplomatiques ouest-africains. Entre solidarité régionale, pression internationale et risques sécuritaires, le Togo se trouve une fois de plus au centre d’un jeu d’équilibre délicat, où chaque choix comptera — pour lui, comme pour toute la sous-région.

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