Le Togo a beau avoir été le pionnier de la 5G en Afrique de l’Ouest dès novembre 2020, la technologie peine à s’imposer dans les faits. Selon les dernières données croisées de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), à peine 1 % des terminaux actifs dans le pays sont compatibles avec la 5G, contre 39 % en 4G, 16 % en 3G et 44 % encore en 2G. Un contraste saisissant qui révèle une transition numérique inégale et un marché mobile toujours en phase de structuration.
Entre fin 2024 et mi-2025, le parc d’abonnés mobiles a continué de s’étendre. De 7,69 millions à 7,99 millions, selon les rapports trimestriels de l’ARCEP. Cette expansion cache toutefois une réalité complexe : la majorité des utilisateurs restent équipés de téléphones bas de gamme, souvent importés via des circuits informels, et incapables de supporter les technologies avancées.
66 % des terminaux non identifiés
Le régulateur souligne même une hausse de 66 % des terminaux non identifiés au deuxième trimestre 2025, après une baisse drastique (-60,9 %) au premier trimestre. Ce rebond illustre les limites de la politique d’homologation des appareils lancée par les autorités togolaises. Malgré les efforts, le marché gris continue d’alimenter le parc national en smartphones obsolètes ou non conformes.
Si la 5G reste symbolique, c’est la 4G qui porte aujourd’hui la digitalisation du Togo. Les deux principaux opérateurs — YAS Togo (ex-Togo Cellulaire) et Moov Africa Togo — concentrent leurs investissements sur cette technologie, jugée plus rentable et mieux adaptée au pouvoir d’achat local.
Ainsi, le nombre d’abonnés 4G a bondi de 38 % en 2024, puis de 10 % supplémentaires au premier trimestre 2025, atteignant près de 2,9 millions d’utilisateurs. Ce basculement alimente une explosion du trafic data mobile : +68 % sur un an au deuxième trimestre 2025, et +33 % par rapport au trimestre précédent.
« La 4G est devenue le socle de l’économie numérique togolaise », confirment les données de l’ARCEP. « Elle permet déjà l’accès aux services bancaires mobiles, à l’e-éducation, à la télémédecine… La 5G, elle, n’a pas encore trouvé son modèle économique. »
Des freins structurels à la 5G
Plusieurs obstacles expliquent ce décalage entre ambition technologique et réalité du terrain. On évoque le coût prohibitif des smartphones 5G, largement hors de portée pour une population dont le revenu mensuel moyen tourne autour de 70 000 FCFA (≈107 €) ; un spectre radio encore mal attribué, avec des fréquences 5G non entièrement libérées ou mutualisées ; un recul des investissements pour le fait que les opérateurs aient réduit leurs dépenses capex de 34 % sur un an au deuxième trimestre 2025, en raison notamment de l’incertitude réglementaire et de la faible rentabilité anticipée.
Sans fibre optique suffisante pour interconnecter les antennes 5G, sans écosystème industriel (IoT, cloud, smart cities) pour justifier les déploiements, et sans demande solvable, la 5G reste cantonnée à quelques zones pilotes — essentiellement dans les quartiers administratifs et commerciaux de Lomé.
Le gouvernement togolais ne baisse pas les bras. Dans sa feuille de route numérique 2025–2030, il mise sur une 5G « utile », orientée vers les secteurs productifs : agriculture connectée, logistique intelligente, santé numérique, énergie distribuée.
Pour y parvenir, trois leviers sont identifiés. On parle de l’accélération du déploiement de la fibre optique jusqu’aux sites cellulaires ; l’harmonisation de l’attribution du spectre avec les normes régionales CEDEAO ; l’encadrement strict des importations de terminaux pour favoriser les appareils modernes et homologués.
Mais surtout, il faudra stimuler la demande. Car sans usages concrets et accessibles, la 5G restera ce qu’elle est aujourd’hui au Togo. Elle demeurera une vitrine technologique, plus qu’un moteur de croissance inclusive.
En attendant, la majorité des Togolais continueront à naviguer en 2G ou 3G — preuve que la révolution numérique, même annoncée, ne se décrète pas. Elle se construit terminal par terminal, mégabit par mégabit.
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