Le Mali entre dans une nouvelle phase de sa transition politique. Le président de la Transition, le général Assimi Goita, vient de promulguer une révision de la Charte de la Transition qui instaure un mandat transitoire de cinq ans renouvelable indéfiniment, jusqu’à la complète pacification du pays. Ce texte, adopté à l’unanimité par le Conseil national de la Transition (CNT) le 3 juillet dernier, officialise ainsi une prolongation potentielle du pouvoir militaire au sommet de l’État.
La décision intervient alors que le pays fait face à une situation sécuritaire toujours instable, marquée par la persistance des groupes jihadistes dans le nord et le centre du pays, malgré les opérations militaires menées par les forces maliennes et leurs partenaires russes de Wagner.
Un mandat « renouvelable autant de fois que nécessaire »
L’une des principales dispositions de cette révision est la fixation d’un mandat présidentiel transitoire de cinq ans, renouvelable sans limitation de durée. Selon le texte, cette période peut toutefois être abrégée si les conditions permettant l’organisation d’une élection présidentielle transparente et apaisée sont réunies.
Cette disposition met fin à toute ambiguïté sur la stratégie temporelle du pouvoir en place. Elle s’inscrit dans la continuité de la Constitution du 22 juillet 2023, entrée en vigueur après la dissolution de l’Assemblée nationale suite au coup d’État d’août 2020, suivi de la « rectification » de mai 2021 qui avait porté Assimi Goïta à la tête de l’État.
La nouvelle Charte redéfinit également les valeurs fondamentales de la transition : patriotisme, probité, mérite, civisme, transparence, inclusion, dialogue et réconciliation. Elle fixe les priorités du pouvoir en place à savoir : sécurisation du territoire, refondation de l’État, réforme du système éducatif, bonne gouvernance et préparation des élections générales.
Elle consacre par ailleurs la primauté de la Constitution en cas de contradiction avec ses dispositions, affirmant ainsi une hiérarchie juridique tout en maintenant une architecture institutionnelle hybride (civilo-militaire).
Assimi Goita maintient le CNT sous format inclusif
Un autre point important : le texte ouvre désormais aux autorités actuelles — le président de la Transition, les membres du gouvernement et les conseillers du CNT — la possibilité de se présenter aux élections futures, ce qui leur confère un statut électoral qu’ils n’avaient pas auparavant.
Le Conseil national de la Transition, organe législatif intérimaire, reste composé de 147 membres, représentant les forces armées, la société civile, les syndicats, les autorités traditionnelles et religieuses, les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, la diaspora et les médias. Le Premier ministre continue d’être nommé par le président de la Transition.
Adopté à l’unanimité par 131 conseillers présents lors de la session plénière du 3 juillet, ce texte traduit les conclusions des Assises nationales de décembre 2021 et du Dialogue inter-malien d’avril 2025, deux processus visant à asseoir une légitimité partagée autour des orientations de la transition.
Entre stabilité et démocratie : un équilibre fragile
Si les autorités assurent vouloir concilier stabilité institutionnelle et ouverture démocratique, cette révision suscite déjà des interrogations, tant à l’intérieur qu’auprès de certains partenaires internationaux. L’Union africaine, l’Union européenne et plusieurs diplomates ouest-africains avaient exprimé, à plusieurs reprises, leur impatience quant à un retour à l’ordre constitutionnel normal.
Mais pour les responsables maliens, il s’agit avant tout de garantir la continuité de l’État dans un contexte marqué par une insécurité persistante et des défis économiques considérables. « La priorité est de reconstruire un pays meurtri, avant de penser aux élections », affirme un haut fonctionnaire proche du pouvoir.
En attendant, la nouvelle Charte trace un cadre juridique plus clair pour une transition qui pourrait encore durer plusieurs années, dans un Mali où l’horizon démocratique semble s’éloigner, au profit d’une stabilisation autoritaire mais assumée.
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