SanlamAllianz

Bénin : la France revendique l’échec du putsch contre Talon

Didier ASSOGBA
4 Min Read
Emmanuel Macron et Patrice Talon

Deux jours après la tentative de coup d’État au Bénin, la France sort du silence. Mardi, l’Élysée a confirmé avoir apporté un « appui en termes de surveillance, d’observation et de soutien logistique » aux forces armées béninoises. Une assistance qui aurait été faite « à la demande » des autorités de Cotonou.

Dans les couloirs du pouvoir français, on insiste sur l’implication personnelle d’Emmanuel Macron. Le président aurait mené, selon un de ses conseillers, « un effort de coordination » avec plusieurs capitales de la sous-région et engagé des « échanges d’informations ». Le président français s’est entretenu dimanche avec son homologue béninois, Patrice Talon, visé par les putschistes, ainsi qu’avec des dirigeants du Nigeria et de la Sierra Leone, pays qui assure actuellement la présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

- Advertisement -

Cette diplomatie de crise s’inscrit dans un contexte régional hautement inflammable. « La situation au Bénin a suscité une très forte préoccupation du président de la République », souligne l’Élysée, rappelant « la série de coups d’État » qui a traversé l’Afrique de l’Ouest ces dernières années du Mali au Niger, en passant par la Guinée et le Burkina Faso. À Paris, la tentative de déstabilisation à Cotonou est lue comme un nouveau symptôme d’une fragilité institutionnelle persistante dans la région.

La France ou la CEDEAO ?

Dans ce dossier, la France s’aligne publiquement sur la ligne de la Cédéao. « La France a apporté son plein soutien politique » à l’organisation régionale, affirme l’Élysée, saluant sa « réaction rapide ». La Cédéao a en effet autorisé le déploiement de sa force en attente pour épauler les forces loyalistes béninoises dans la sécurisation des sites sensibles et la restauration de l’ordre constitutionnel.

- Advertisement -

Dimanche, des militaires mutins avaient tenté de prendre le pouvoir à Cotonou. Des affrontements ont opposé loyalistes et putschistes, faisant plusieurs victimes selon des sources locales. Les autorités béninoises ont rapidement assuré avoir repris le contrôle de la situation, tandis que des arrestations d’hommes soupçonnés d’implication dans la tentative de putsch ont été annoncées.

Pour Paris, l’enjeu dépasse le seul cas béninois. Il s’agit de contenir l’« effet domino » des coups d’État et de préserver un partenaire longtemps présenté comme un îlot de stabilité dans une région en turbulence. Cette implication française, assumée et rendue publique, intervient aussi dans un contexte où l’influence de Paris en Afrique est contestée, parfois frontalement. En soutenant Cotonou, l’Élysée entend montrer que la France reste un acteur central des équilibres sécuritaires ouest-africains — mais aussi qu’elle privilégie désormais, du moins dans le discours, une logique d’intervention « à la demande ».

- Advertisement -

Cette reconnaissance officielle de la France dans une intervention pour maintenir le pouvoir de Patrice Talon au Bénin risque d’accentuer un sentiment de rejet l’ancienne puissance coloniale. Plusieurs observateurs interprèteront cet appui français par une nécessité pour la France de préserver ses intérêts au Bénin, plutôt que la stabilité d’un pouvoir qui n’est exempt de tout reproche.

Mais la question reste de savoir si cet appui, discret sur le plan militaire mais affirmé politiquement, suffira à consolider durablement un pouvoir fragilisé. À Cotonou comme à Paris, la même inquiétude affleure. La bataille n’est peut-être pas terminée.

Rejoignez-nous sur notre chaîne WhatsApp pour plus de détails

- Advertisement -
Share This Article