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Bénin : la CEDEAO déploie sa Force en Attente contre le putsch

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Des militaires dans les rues de Cotonou (Archives)

Au Bénin, les autorités indiquent que la situation est totalement sous contrôle après une tentative de putsch. Mais la CEDEAO a annoncé dans la soirée de dimanche avoir ordonné le déploiement immédiat de sa Force en attente sur le territoire béninois pour « rétablir l’ordre constitutionnel ». Une décision lourde de sens, qui suggère que la situation sur le terrain serait plus fragile même après une déclaration solennelle de Patrice Talon en début de soirée.

Dans sa première communication, le gouvernement béninois se voulait rassurant. D’après lui, la mutinerie avait été « contenue », l’armée étant restée fidèle aux institutions. Même position affirmée en début de soirée de dimanche par Patrice Talon, qui a fait une déclaration à son bureau de la Présidence. Déclaration diffusée par la Télévision nationale. On retient également de la sortie du chef de l’Etat béninois que plusieurs mutins sont dans la nature et détiennent plusieurs personnes alors que d’autres sont morts.

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Et c’est alors que la Cedeao a publié un second communiqué à la tonalité plus urgentiste. L’organisation régionale y invoque l’article 25(e) de son protocole de 1999 sur la sécurité collective, autorisant l’intervention militaire en cas de menace grave contre l’ordre constitutionnel. Après concertation des chefs d’État membres du Conseil de médiation et de sécurité, le président en exercice de la Conférence des chefs d’État a ordonné le déploiement immédiat de contingents régionaux.

La force qui doit entrer sur le sol béninois sera composée de soldats venus du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone.

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Une intervention exceptionnelle de la CEDEAO

Ce recours direct à la Force en attente de la Cedeao est rare et politiquement lourd. Il ne s’agit pas d’une simple mission d’observation, mais bien d’un dispositif à vocation sécuritaire et dissuasive. Officiellement, la mission vise à « soutenir le gouvernement et l’armée républicaine dans la préservation de l’ordre constitutionnel et de l’intégrité territoriale ».

Mais dans les faits, l’envoi de troupes étrangères intervient toujours comme l’ultime reconnaissance d’un État débordé ou menacé de basculement.

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Ce déploiement suggère donc que les autorités béninoises ne maîtrisent pas totalement la situation, malgré les déclarations publiques. La fuite persistante de certains officiers mutins, l’absence de communication détaillée sur les zones sous tension et les informations fragmentaires en provenance de certaines localités nourrissent cette incertitude.

Le rôle central du Nigeria n’étonne guère. Première puissance militaire et économique de la région, Abuja est traditionnellement le pilier opérationnel des interventions régionales ouest-africaines.

Mais l’engagement de troupes nigérianes au Bénin, pays voisin avec lequel la frontière est aussi poreuse que stratégique, souligne l’inquiétude régionale face à une possible déstabilisation en cascade. Car un Bénin affaibli serait bien plus qu’un incident national : ce serait une brèche supplémentaire dans un espace ouest-africain déjà fracturé par les coups d’État successifs depuis 2020.

Un pays jusque-là considéré comme « stable »

Avant cette crise, le Bénin figurait encore parmi les États considérés comme relativement épargnés par la vague putschiste qui a emporté plusieurs démocraties de l’espace sahélien. La tentative de prise du pouvoir par les armes vient briser cette exception béninoise.

Pour Patrice Talon, à la tête du pays depuis 2016, l’épreuve survient à quelques mois de la présidentielle prévue en avril. Le chef de l’État s’est engagé à ne pas briguer de nouveau mandat et a déjà désigné son successeur potentiel. Mais une transition politique fragilisée sur fond de crise sécuritaire constitue un terrain propice à toutes les recompositions.

Dans ce contexte, l’arrivée de forces étrangères risque d’aviver les débats sur la souveraineté, tout en cristallisant les tensions politiques internes. En décidant d’intervenir rapidement, la Cedeao entend aussi envoyer un message clair à ses autres membres : toute tentative de renversement des institutions sera combattue par la force si nécessaire.

Cette démonstration d’autorité suffira-t-elle à restaurer durablement l’ordre ou si elle ne fera qu’acheter du temps dans un pays déjà ébranlé. Derrière les communiqués diplomatiques et les démonstrations militaires, le Bénin entre dans une zone d’incertitude durable. Et avec lui, c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui retient son souffle.

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