Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo a franchi un nouveau cap politique et diplomatique. Cette formation politique vient d’apporter officiellement son soutien à l’Alliance des États du Sahel (AES), la confédération réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger dirigés par des régimes militaires. Une position qui tranche avec la ligne diplomatique d’Alassane Ouattara.
Adoptée par acclamation le 15 mai 2026 lors du premier congrès ordinaire du parti au Palais de la Culture Bernard Binlin Dadié de Treichville, à Abidjan, cette motion constitue une prise de position inédite pour une grande formation politique ivoirienne. Elle intervient dans un contexte régional marqué par les profondes tensions entre les autorités ivoiriennes et les juntes sahéliennes depuis les coups d’État intervenus entre 2021 et 2023.
« Le congrès apporte son soutien sans faille aux peuples de l’AES et à ses dirigeants et les exhorte à persévérer dans cette voie », a déclaré Aka Emmanuel, président de la table de séance, sous les applaudissements des quelque 3 000 délégués réunis pour l’événement.
À travers cette motion, le parti de Laurent Gbagbo adopte une ligne politique en rupture directe avec celle du président Alassane Ouattara. Depuis le début de la crise entre la CEDEAO et les régimes militaires du Sahel, Abidjan s’est imposé comme l’un des soutiens les plus fermes des sanctions régionales décidées contre Bamako, Ouagadougou et Niamey.
Le pouvoir ivoirien a notamment soutenu les mesures économiques et diplomatiques prises par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tout en défendant une position proche de celle de la France sur la nécessité d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel dans la région.
Dans ce contexte, le soutien affiché du PPA-CI à l’AES prend une dimension hautement politique. Il traduit non seulement une opposition à la stratégie régionale d’Alassane Ouattara, mais aussi une lecture différente des recompositions géopolitiques en cours en Afrique de l’Ouest.
La motion adoptée par les congressistes s’inscrit clairement dans un discours souverainiste et panafricaniste. Le texte estime que « le salut de l’Afrique passe par la souveraineté et le panafricanisme » et dénonce un continent devenu « tributaire des dynamiques géopolitiques globales ».
Les rédacteurs du document décrivent également l’Afrique comme un « espace failli au plan sécuritaire » et un « laboratoire de toutes les expérimentations en matière de conflit au profit des puissances étrangères ».
Le PPA-CI rejoint la ligne de l’AES
Cette rhétorique rejoint plusieurs arguments régulièrement développés par les dirigeants de l’AES, qui accusent les puissances occidentales, en particulier la France, d’avoir contribué à l’instabilité sécuritaire dans le Sahel.
En Côte d’Ivoire, cette prise de position pourrait accentuer davantage les clivages autour de la politique étrangère régionale. Alors que le gouvernement Ouattara continue de défendre l’architecture institutionnelle de la CEDEAO et refuse de reconnaître le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation, le camp Gbagbo semble désormais assumer une proximité politique avec les nouveaux pouvoirs sahéliens.
Au-delà du symbole, cette motion illustre aussi l’émergence progressive, dans plusieurs pays ouest-africains, d’un courant politique favorable aux discours souverainistes portés par les régimes de l’AES et critique à l’égard des alliances traditionnelles entre certains États africains et la France.
À Abidjan, le congrès du PPA-CI aura ainsi confirmé que les fractures géopolitiques ouest-africaines traversent désormais pleinement les débats politiques nationaux.
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