Le retour des opérations de désencombrement des emprises publiques dans le Grand Lomé remet en perspective l’action de Kossi Aboka, ancien président des délégations spéciales du Golfe et d’Agoè-Nyivé. Longtemps critiqué pour ses méthodes jugées parfois expéditives, l’ancien responsable local avait fait de la lutte contre l’occupation anarchique des voies publiques l’un de ses principaux combats. La nouvelle offensive gouvernementale relance le débat sur la pertinence de son approche et les défis de l’urbanisation de la capitale.
À Lomé, le désencombrement des voies publiques n’est visiblement pas un combat d’un autre temps. Avec la reprise des opérations de libération des emprises publiques, les autorités togolaises remettent au premier plan une problématique qui a longtemps marqué la gestion municipale de la capitale. Et avec elle, le souvenir d’un homme : Kossi Agbenyega Aboka.
Ancien président de la délégation spéciale des préfectures du Golfe et d’Agoè-Nyivé, puis maire de la commune Golfe 5, celui-ci s’était particulièrement illustré par sa fermeté face à l’occupation du domaine public. Étals installés sur les trottoirs, conteneurs encombrant les voies, ateliers de fortune et autres installations irrégulières étaient régulièrement visés par les opérations conduites sous son autorité.
Des grands axes aux artères secondaires, en passant par les marchés de quartier, ses interventions avaient fini par faire de lui l’une des figures les plus controversées de la gestion urbaine à Lomé.
Kossi Aboka, une méthode qui divisait
À l’époque, les opérations de désencombrement suscitaient des réactions contrastées. Pour une partie des habitants, la fermeté de l’ancien responsable répondait à une nécessité : rendre les voies accessibles, améliorer la circulation et préserver le cadre de vie dans une agglomération confrontée à une urbanisation rapide.
D’autres voix dénonçaient cependant des méthodes jugées brutales, particulièrement à l’égard des commerçants et des petits revendeurs dont les activités dépendaient souvent de l’occupation des espaces publics. Les critiques portaient notamment sur les conditions des déguerpissements et l’insuffisance de solutions de relogement pour les personnes affectées.
Cette opposition entre impératifs d’aménagement urbain et réalités économiques du secteur informel a durablement marqué le débat autour de l’action de Kossi Aboka. Sa politique de désencombrement était-elle une manifestation d’excès de zèle ou une réponse ferme à un problème structurel que les autorités ne pouvaient plus ignorer ?
Le désencombrement, une priorité gouvernementale
En 2022, le gouvernement avait engagé une campagne nationale de libération des emprises publiques, sous la coordination du ministère chargé de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et du Développement du territoire.
L’opération répondait à plusieurs préoccupations : améliorer le cadre de vie, réduire les risques d’accidents de circulation et faciliter l’accès aux infrastructures et aux réseaux d’assainissement et d’électricité.
Quatre ans plus tard, la question reste entière. La réoccupation progressive de certains espaces libérés et l’extension continue de l’agglomération ont conduit les autorités à relancer les opérations dans le Grand Lomé. Cette nouvelle phase vise notamment à rétablir l’ordre sur les principales artères, à améliorer la fluidité du trafic et à accompagner les ambitions de modernisation urbaine.
La répétition de ces opérations témoigne surtout de la difficulté à obtenir des résultats durables dans un contexte où les besoins d’activités économiques, notamment informelles, se heurtent aux exigences de l’aménagement urbain.
L’occupation anarchique, un enjeu de sécurité et d’environnement
Avec le recul, les préoccupations soulevées par Kossi Aboka prennent une dimension particulière. L’occupation des trottoirs contraint les piétons à emprunter les chaussées, tandis que l’installation d’activités commerciales ou artisanales sur les espaces de circulation complique les déplacements.
L’obstruction des caniveaux et des voies d’évacuation des eaux constitue également une préoccupation en matière d’assainissement, particulièrement pendant les périodes de fortes pluies.
Sur ces différents aspects, la nécessité de préserver les emprises publiques apparaît difficilement contestable. Mais la question ne se limite pas à faire partir les occupants. Elle concerne aussi la capacité des pouvoirs publics à organiser durablement les activités économiques et à prévenir la réinstallation des installations irrégulières.
Entre fermeté et accompagnement social
La reprise des opérations gouvernementales remet ainsi en lumière une distinction essentielle : la nécessité de libérer le domaine public ne dispense pas les autorités de réfléchir aux conséquences économiques et sociales des déguerpissements.
La réussite d’une politique de désencombrement ne se mesure pas uniquement au nombre d’étals ou d’installations retirés. Elle dépend également de la capacité à maintenir les espaces libérés, à proposer des solutions adaptées aux activités déplacées et à faire respecter durablement les règles d’urbanisme.
C’est précisément sur ce terrain que la démarche actuelle est attendue. Au-delà des interventions ponctuelles, l’enjeu est de construire une politique cohérente associant aménagement du territoire, assainissement, mobilité urbaine et organisation du commerce.
Alors, Kossi Aboka avait-il vu juste ? Les nouvelles opérations ne signifient pas nécessairement que toutes ses méthodes étaient justifiées. Elles confirment néanmoins que le problème contre lequel il s’était engagé demeure une préoccupation majeure pour les autorités togolaises.
Lomé ne pourra durablement améliorer son cadre de vie sans une gestion rigoureuse de son domaine public. Mais cette ambition suppose aussi de dépasser la seule logique des déguerpissements pour apporter des réponses structurelles aux besoins des populations et des acteurs économiques.
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