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Togo : la Coalition CNCC relance les rassemblements politiques

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Des partisans de l'opposition lors du meeting

Longtemps muselée par des interdictions systématiques de manifester, la capitale togolaise a renoué, samedi 9 mai 2026, avec la ferveur des rassemblements politiques. Sous le soleil d’Akassimé, la coalition CNCC a réussi un pari symbolique en tenant un meeting politique. Elle a prouvé que la rue n’a pas encore abdiqué face à la naissance de la Ve République.

C’est une image que l’on n’avait plus vue depuis des années dans les rues de Lomé. Samedi, le terrain des Cheminots, dans le quartier populaire d’Akassimé, a vibré au rythme des slogans de l’opposition. Pour le Cadre national de concertation pour le changement (CNCC), cette nouvelle plateforme hybride mêlant partis politiques et société civile, la journée fait figure de baptême du feu réussi.

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Mais au-delà des chiffres, c’est l’autorisation même de l’événement qui interpelle dans un pays où le droit de réunion semblait être devenu une relique du passé.

Un « miracle » de la Coalition CNCC à Akassimé

Sous la Ve République, le régime de Lomé semble avoir lâché une soupape de sécurité. Dans un contexte de tensions persistantes autour du changement constitutionnel, le fait de laisser les « forces du changement » occuper l’espace public n’est pas anodin.

À la tribune lors de ce meeting politique de la coalition CNCC, le casting avait des airs de « All-Stars » de la résistance togolaise. De Jean-Pierre Fabre (ANC) à Paul Dodji Apévon (FDR), en passant par le Professeur Wolou, les visages historiques étaient là. Mais c’est l’accueil réservé à deux figures particulières qui a donné le ton du rassemblement. D’un côté, le retour médiatique de Me Zeus Ajavon, salué comme un oracle de la lutte citoyenne. De l’autre, l’émotion palpable autour de Grâce Bikoni Koumayi, ancienne détenue politique récemment libérée, devenue en quelques heures l’icône d’une jeunesse en quête de modèles.

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« Le début du recommencement »

Les discours, bien que classiques dans leur dénonciation du pouvoir, ont marqué une volonté de passer à une nouvelle phase offensive. Le Professeur David Ekoué Dosseh, figure de proue de la société civile, a martelé que « le peuple togolais est toujours debout ». Une réponse directe au sentiment d’apathie qui semblait avoir gagné la population ces derniers mois.

Mais c’est Jean-Pierre Fabre qui a livré l’analyse la plus politique de la journée. Il a balayé les sujets brûlants notamment l’arrestation de l’activiste Affectio, la question du « Père de la nation », la récente décoration du président de la République, Jean-Lucien Savi de Tové ou encore la sortie de Christian Trumua sur la nouvelle constitution togolaise. « C’est le début du recommencement. Dans les jours à venir, lorsque nous ferons encore appel à vous, il faudra une mobilisation encore plus forte », a lancé le leader de l’ANC. Sa formule, répétée à l’envi par les militants, résonne comme une remobilisation face au pouvoir de Faure Gnassingbé.

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L’union sacrée, enfin ?

Le défi pour le CNCC reste désormais de transformer l’essai. Si Me Apévon a exhorté tous les acteurs favorables au changement à rejoindre cette dynamique, la question de l’unité reste le talon d’Achille historique de l’opposition togolaise.

Toutefois, pour les observateurs à Lomé, le samedi 9 mai marque une rupture psychologique. Dans une Ve République qui cherche encore ses marques et sa légitimité, la réoccupation du terrain par les contestataires suggère que la machine de l’opposition n’était pas cassée, mais simplement en maintenance. La question est désormais de savoir si le pouvoir laissera ce « recommencement » dépasser les limites du terrain d’Akassimé.

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