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Brigitte Adjamagbo : ‘Nous allons poursuivre le combat contre ce régime

Didier ASSOGBA
6 Min Read
Brigitte Adjamagbo lors d'une conférence de presse de la DMP (Archives)

La tournée parlementaire de Brigitte Adjamagbo-Johnson dans le nord du Togo a pris, en quelques jours, des allures de séquence politique hors norme. Entre Dapaong et Kara, la secrétaire générale de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) affirme avoir été empêchée d’exercer sa mission de contrôle et de reddition de comptes, pourtant au cœur du mandat parlementaire.

Le 19 mars 2026, en début de soirée, la délégation conduite par la députée arrive à Dapaong, chef-lieu de la région des Savanes. En amont, les démarches administratives avaient été entreprises. Courriers adressés dès le 4 mars au ministère de l’Administration territoriale, notifications aux autorités concernées, relances régulières faites, a-t-elle assurée.

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Mais dès l’arrivée sur le terrain, le décalage entre procédures et réalité devient manifeste. Après une première tentative infructueuse de contact avec le préfet, un rendez-vous est fixé pour le lendemain.

Le 20 mars, à la préfecture, le ton est donné. Entouré des forces de sécurité, le représentant de l’État indique ne pas avoir reçu d’instructions de sa hiérarchie et conditionne toute activité à une autorisation préalable du ministère de la Défense, invoquant le contexte sécuritaire dans la région.

Pour Brigitte Adjamagbo-Johnson, cette exigence est irrecevable. En tant qu’élue, elle rappelle que sa mission de contrôle de l’action gouvernementale ne saurait être subordonnée à l’exécutif. Le dialogue tourne court.

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Brigitte Adjamagbo expulsée sous haute surveillance

La suite s’apparente à une démonstration de force. La délégation est sommée de quitter immédiatement la région. Une « faveur » aurait été évoquée. Notamment la possibilité d’organiser une activité le jour même. Proposition rapidement rejetée par la députée.

Dès lors, la décision d’expulsion est exécutée sans délai. Sous un important dispositif sécuritaire mêlant gendarmes, policiers et unités d’élite, la délégation est escortée jusqu’à son lieu d’hébergement, où les membres sont autorisés à récupérer leurs effets personnels un à un.

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Un hélicoptère survole la zone pendant l’opération. Le convoi est ensuite encadré jusqu’à la sortie de la région, à Naboulgou, avant de se replier vers Atakpamé.

Après Dapaong, mission avortée à Kara

La seconde phase de la tournée devait se dérouler à Kara les 23 et 24 mars. Là encore, les démarches préalables avaient été engagées. Mais, échaudée par l’épisode de Dapaong, la députée Brigitte Adjamagbo cherche à obtenir des garanties sécuritaires en amont.

Les signaux sont rapidement négatifs. Selon son entourage, le préfet de la Kozah indique ne pas avoir reçu d’instructions pour assurer la sécurité de la mission. Les tentatives de contact direct restent sans réponse. À cela s’ajoutent des appels anonymes, provenant de numéros masqués, appelant explicitement la délégation à renoncer à toute présence dans la ville.

Face à ce climat jugé préoccupant, la décision est prise de suspendre la mission. Pour Brigitte Adjamagbo-Johnson, l’enjeu devient sécuritaire. Il devenait nécessaire de préserver l’intégrité physique de la délégation dans un contexte de menaces explicites.

Un choix d’autant plus lourd de sens que la députée rappelle avoir déjà été victime de violences politiques, notamment lors d’incidents survenus à Lomé en 2024.

Un test politique aux conclusions sévères

Au-delà de l’incident, l’opposante inscrit cette séquence dans une lecture institutionnelle. Pour Brigitte Adjamagbo, cette tournée constituait un test sur la capacité du système politique togolais à tolérer un exercice effectif du contrôle parlementaire.

Le verdict, selon ses propres termes, est sans appel. L’impossibilité de mener à bien cette mission traduirait un déséquilibre persistant entre pouvoir exécutif et législatif, malgré les ambitions affichées de renforcement du régime parlementaire. « Conclusion, nous devons poursuivre le combat contre ce régime des Gnassingbé », a-t-elle indiqué.

En filigrane, c’est la question de l’accès au territoire politique qui se pose. Dans certaines zones du nord du Togo, l’opposition dénonce des restrictions de facto, rendant difficile tout contact direct avec les populations.

Entre impératifs sécuritaires réels dans la région des Savanes et soupçons d’instrumentalisation administrative, la ligne de crête reste floue. Mais pour l’opposition, ces événements illustrent une tendance plus large. En effet, les espaces civiques paraissent de plus en plus rétrécis dans le pays et l’activité politique sur le terrain devient quasi-impossible.

De Dapaong à Kara, la tournée avortée de Brigitte Adjamagbo-Johnson dépasse ainsi le simple fait divers politique. Elle s’impose comme un révélateur des tensions persistantes autour de la pratique démocratique au Togo, où l’exercice du mandat parlementaire continue de se heurter à des contraintes bien au-delà du cadre institutionnel.

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