À Lomé, la tension reste vive deux semaines après une série de manifestations de jeunes. Une enquête judiciaire a été « ouverte contre X ». Annonce faite dimanche le procureur de la République, Talaka Mawama. Des corps ont été repêchés dans les lagunes et le 4e lac de la capitale togolaise et attribués à la répression policière par les organisations de la société civile. Le gouvernement de son côté parle de noyades.
Ces manifestations, lancées sur les réseaux sociaux par des influenceurs et blogueurs togolais, se sont déroulées les 26, 27 et 28 juin. À la veille des rassemblements, le gouvernement avait d’ores et déjà prévenu : ces manifestations sont jugées « illégales » et « irrégulières ». L’avertissement n’a pas empêché une mobilisation citoyenne significative dans plusieurs quartiers de Lomé, avant d’être brutalement interrompue.
Des corps repêchés, des causes contestées
Au cœur de la controverse, la découverte macabre de plusieurs corps sans vie. Des organisations de la société civile et de défense des droits humains (OSC et ODDH) ont dénoncé une répression « sauvage, brutale et meurtrière », avançant un bilan de sept morts, pour la plupart repêchés dans les eaux du 4e lac et de la lagune de Bè.
Le gouvernement togolais, de son côté, rejette toute implication. Dans un communiqué officiel, il condamne des « tentatives de récupérations malheureuses » autour de la découverte des corps. Les analyses médico-légales, affirme-t-il, concluent à des décès « par noyade ».
Mais les explications officielles laissent sceptique. Selon le procureur Mawama, cinq corps ont été formellement repêchés. Parmi eux, deux présentaient un état de décomposition avancé et seraient antérieurs aux manifestations. Un cinquième corps n’a pas été autopsié, les familles ayant refusé toute intervention médicale. Seuls deux cas seraient donc directement corrélés aux événements de fin juin.
Une enquête judiciaire très attendue
« Une enquête judiciaire a été ouverte contre X », a déclaré le procureur, ajoutant qu’elle vise à « élucider davantage les circonstances et les causes exactes de la mort ainsi survenue ».
Sur le plan judiciaire, le bilan est déjà lourd. Selon le parquet, 114 personnes ont été interpellées lors des manifestations des 5, 26, 27 et 28 juin. Parmi elles, 87 ont été relâchées. Dix-huit ont écopé de peines d’un an de prison, dont onze mois assortis de sursis. Neuf autres sont toujours sous le coup d’une information judiciaire.
Dans sa déclaration, Talaka Mawama a également dénoncé des actes de violence urbaine : objets incendiés, biens publics et privés dégradés, citoyens menacés alors qu’ils tentaient de vaquer à leurs occupations.
Notons que d’autres appels à manifester ont déjà été lancés pour les 16 et 17 juillet prochains. Les autorités restent sur le qui-vive. Et si l’enquête annoncée vise à calmer les esprits, nombreux sont ceux qui dénoncent son opacité et son efficacité limitée, s’appuyant sur un passé politique du Togo, rempli d’enquêtes jamais clôturées.
En attendant, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), saisie par le président de l’Assemblée nationale, Kodjo Adedze, a livré un rapport d’étape portant sur des faits documentés. On ignore encore ce que contient ledit rapport…
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