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Togo : les maires rêvent en grand… Col Awaté freine leurs ardeurs

Didier ASSOGBA
4 Min Read

Alors que les 117 communes du Togo viennent tout juste de boucler leurs budgets primitifs pour 2026, un coup de semonce vient de la capitale. Le ministre des Collectivités locales, Hodabalo Awaté, a convoqué les maires à un rude retour à la réalité budgétaire. Dans une mise en garde sans détour, il a dénoncé en milieu de semaine des projets « démesurés », des dépenses « ni réalistes, ni cohérentes » et, surtout, un écart abyssal entre les ambitions municipales et les ressources réellement disponibles.

Sur le papier, tout semble parfait. Routes à refaire, caniveaux à creuser, feux tricolores à installer, forages à équiper, salubrité à renforcer… Les priorités énoncées dans les communes font écho aux attentes légitimes des populations. Mais elles oublient une donnée cruciale : l’argent n’est pas au rendez-vous.

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12 milliards à se partager à 117

La contrainte est simple, mais contraignante. Pour l’ensemble de l’année 2026, l’État togolais a inscrit dans le budget national 12 milliards de francs CFA au titre du Fonds d’appui aux collectivités territoriales (FACT). Une somme qui peut sembler importante, mais qui fond comme neige au soleil lorsqu’elle est divisée entre 117 communes, des mégapoles urbaines de Lomé aux bourgades reculées de Cinkassé.

Certaines municipalités, grisées par leur nouveau pouvoir de décision après les élections locales d’octobre, ont élaboré des budgets comme si elles disposaient de ressources illimitées. Dans plusieurs dossiers, les crédits prévus dépassent de 30 %, voire 50 %, les transferts attendus de l’État et les recettes locales réalistes (taxes, redevances, etc.).

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« On ne construit pas une ville avec des vœux pieux », a rappelé Hodabalo Awaté. « La décentralisation ne signifie pas l’autonomie financière absolue. Elle exige au contraire plus de rigueur, plus de pragmatisme, plus de responsabilité. »

Budgets à reprendre aves les maires « crayon en main »

Face à ce phénomène inquiétant de « budgétisation-fiction », le gouvernement a décidé d’agir. Du 13 au 16 janvier 2026, une commission interministérielle passera au crible l’ensemble des budgets primitifs communaux. Objectif est d’ajuster, recentrer, parfois couper. L’enjeu n’est pas d’étouffer l’initiative locale, mais de protéger les projets prioritaires.

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Les maires sont donc invités à un exercice délicat qui consiste à hiérarchiser leurs priorités, renoncer à certaines ambitions légitimes mais coûteuses, et concentrer leurs maigres ressources sur des actions à fort impact — assainissement de base, entretien des artères principales, gestion des déchets.

La décentralisation, effective il y a près de sept ans (2019), n’a jamais vraiment été accompagnée d’une véritable éducation budgétaire des élus locaux. Conséquence, une culture du « tout, tout de suite », héritée des promesses électorales, se heurte à la dure loi des finances publiques. Alors que les budgets-fiction ne devraient pas avoir leur place dans une gouvernance locale crédible. Et les citoyens, de plus en plus exigeants, ne se contenteront pas de belles feuilles Excel. Ils veulent des routes praticables, de l’eau potable, et des villes propres.

À Lomé comme à Mango, l’heure n’est plus aux rêves. Elle est au réalisme. Et à la rigueur.

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