Anid

Togo : Un deuil national annoncé par des OSC et partis politiques

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Illustration

Du 11 au 14 juillet prochains, des organisations de la société civile (OSC), des partis politiques et de simples citoyens observent un deuil national en mémoire des jeunes togolais morts lors des manifestations du 26, 27 et 28 juin derniers à Lomé. Une commémoration sobre et révoltée, marquée par le port du noir, des prières interconfessionnelles et une marche silencieuse en hommage aux victimes attribuées à une répression policière.

Derrière cette mobilisation, une conviction : « la vie des Togolais est sacrée ». C’est le leitmotiv de ceux qui, dans un communiqué conjoint, dénoncent « la banalisation de la vie humaine et la violence d’État » devenue, selon eux, « la seule réponse face aux revendications pacifiques d’un peuple en quête de justice, de dignité et de liberté ».

- Advertisement -

Des figures fauchées dans la marche démocratique

Dans la déclaration lue par un collectif d’OSC et de formations politiques de l’opposition, l’indignation est profonde : « Nous refusons de continuer à vivre dans un pays où l’on tue parce qu’on pense, parce qu’on espère, parce qu’on marche ». Les signataires rappellent que le drame de juin 2025 n’est pas une première. Il s’inscrit dans une longue litanie de violences politiques qui jalonnent l’histoire contemporaine du pays.

Le texte fait mémoire de David Ahlonko Bruce, disparu en 1994, de Tavio Amorin, figure panafricaniste assassinée en 1992, mais aussi de nombreux enfants tués ces dix dernières années — Anselme Sinandare, Douti Sinalengue, Rachad Agrignan-Maman, Abdoulaye Yacoubou, Joseph Zoumekey, Moufidou Idrissou, Nawa Ino Tchakondo. « Tous assassinés par la brutalité de la dictature togolaise », indique le communiqué lu par Prof David Ekue Dosseh, responsable du Front citoyen Togo Debout.

La répression de fin juin est décrite avec précision glaçante : poursuites, passages à tabac, domiciles violés, femmes molestées. Certains manifestants auraient été contraints, sous les coups, à se jeter dans les lagunes de Lomé, où leurs corps ont été retrouvés sans vie. « Des images ont circulé, des témoignages ont afflué, mais le gouvernement parle de noyades, évoque des deepfakes, et minimise le nombre de morts« , déplorent ces OSC et partis politiques.

- Advertisement -

« Ce cynisme est une insulte à notre mémoire nationale », rétorque la société civile. Elle dénonce un système judiciaire aux ordres, des miliciens libres de circuler tandis que des manifestants pacifiques sont jugés et condamnés. Aucune reconnaissance officielle, aucune compassion. Le silence ou le déni, encore et toujours.

Le Togo en noir pour le deuil national

En réponse, un appel à l’action : porter du noir, suspendre les activités pendant une minute le lundi 14 juillet à midi, faire sonner les cloches des églises, klaxonner dans les rues, fermer temporairement les commerces. Une grande marche silencieuse est prévue le même jour, au départ de Bè-Kodjindji jusqu’à la lagune de Bè, lieu devenu symbole de deuil et de résistance.

- Advertisement -

Le programme du deuil national prévoit aussi des prières musulmanes dans les mosquées le vendredi 11 juillet et des prières chrétiennes le dimanche 13 juillet. Une délégation se rendra à Agoué, au Bénin, sur la tombe de Sylvanus Olympio, père de l’indépendance, pour un hommage symbolique.

Enfin, les organisations de la société civile et les partis politiques invitent la population à faire du noir la couleur dominante dans les rues, les maisons, les vitrines. « C’est notre acte de désobéissance, pacifique mais résolu, face à un régime qui a perdu sa légitimité », concluent-ils.

Plus qu’un deuil national, les organisateurs affirment qu’il s’agit d’un cri collectif. Celui d’un peuple qui refuse l’amnésie, exige la justice, et rappelle que même dans la mort, la vie d’un citoyen togolais doit rester sacrée.

Cliquez-ici pour nous rejoindre sur notre chaîne WhatsApp

TAGGED:
Share This Article