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Région de la Kara : la riposte du gouvernement face à la pénurie d’eau

Didier ASSOGBA
6 Min Read

Dans la région de la Kara, au nord du Togo, l’approvisionnement en eau potable traverse l’une de ses périodes les plus critiques depuis plusieurs décennies. En cause, une pluviométrie exceptionnellement faible, symptôme tangible des dérèglements climatiques, qui fragilise les infrastructures existantes et oblige l’État à accélérer des réponses d’urgence tout en repensant sa stratégie à long terme.

Depuis le début de l’année, la région septentrionale du Togo fait face à une baisse marquée des précipitations, rompant avec les cycles climatiques habituels. Le déficit pluviométrique, particulièrement prononcé au mois de septembre, a entraîné un rechargement insuffisant des nappes phréatiques et des retenues naturelles d’eau.

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Ainsi, on note une installation précoce de la saison sèche et l’assèchement progressif de nombreuses sources alternatives utilisées par les populations. Dans plusieurs quartiers de la ville de Kara et dans ses environs, cette conjoncture climatique inédite se traduit par une pression accrue sur l’accès à l’eau potable, ressource déjà structurellement sensible dans cette partie du pays.

Le barrage de la Kozah à un niveau historiquement bas

Mis en service en 1979, le barrage de la Kozah constitue le pilier central de l’alimentation en eau potable des préfectures de la Kozah, de la Doufelgou et de la Binah. Jusqu’ici, cet ouvrage bénéficiait de conditions hydrologiques relativement favorables, affichant régulièrement un niveau supérieur à sa cote normale à la fin de chaque saison des pluies.

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Mais cette année marque une rupture. À la sortie de la saison pluvieuse, le niveau du barrage s’établit à moins de huit mètres, contre environ seize mètres à la même période en 2024. Un seuil jamais atteint depuis la construction de l’ouvrage.

Cette chute brutale a entraîné une baisse de près de 40 % de la capacité de production d’eau potable : environ 4 500 m³ par jour, contre une moyenne habituelle de 11 000 m³. À cette contrainte majeure s’ajoutent des facteurs aggravants, tels que l’évaporation accrue liée aux températures élevées, la croissance démographique rapide de la région et l’assèchement des sources secondaires, qui reportent l’essentiel de la demande sur le barrage de la Kozah.

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Une riposte gouvernementale en deux temps

Face aux premiers signaux de tension sur la desserte en eau dans les centres urbains du nord, les autorités togolaises ont opté pour une approche anticipative, combinant mesures d’urgence et renforcement progressif de l’offre.

Il y a eu, tout d’abord, la récupération et la valorisation de forages existants. Cinquante forages équipés de pompes à motricité humaine, situés principalement dans les zones semi-urbaines de Kara, Niamtougou et Pagouda, ont été ciblés. Les travaux portent sur le démontage des équipements, le soufflage des ouvrages, des essais de pompage et leur raccordement au réseau de la Société togolaise des eaux (TdE). À ce stade, environ la moitié des forages ont déjà été récupérés, dont une douzaine intégrés au réseau ou transformés en points d’eau autonomes pour desservir les quartiers périphériques et les zones en altitude.

Ensuite, on note la création de nouvelles capacités. Un programme de 150 forages d’adduction d’eau potable est en cours dans les zones urbaines et semi-urbaines de Kara, Niamtougou et Pagouda. Les études géophysiques ont permis d’identifier les sites favorables, et les travaux ont effectivement démarré. En une semaine, une quinzaine de forages ont déjà été réalisés, signe d’une mobilisation accélérée des moyens techniques.

Sécuriser l’avenir hydrique de la région de la Kara

Au-delà de la gestion de l’urgence, le gouvernement entend inscrire son action dans une vision de long terme, adaptée aux défis du changement climatique. Plusieurs projets sont à l’étude ou en cours de maturation. Il s’agit notamment de la construction d’un barrage polyvalent sur le fleuve Kara à Sarakawa, la mobilisation des ressources de la cascade de Sara à Bafilo, ou encore l’implantation d’un barrage assorti d’une unité de traitement compacte sur la rivière Kara.

À cela s’ajoutent des réformes plus techniques mais tout aussi déterminantes, comme la modélisation et la sectorisation du réseau de distribution pour améliorer la desserte intra-urbaine, ainsi que l’autonomisation des grandes structures consommatrices – hôpitaux, casernes, université – par la réalisation de forages industriels dédiés.

Dans l’immédiat, les autorités en appellent également au civisme des populations. L’eau potable, ressource vitale mais limitée, nécessite des usages responsables, en particulier durant la saison sèche. Les comportements de gaspillage – arrosage des espaces verts, lavage des véhicules, remplissage de piscines – sont fortement déconseillés.

La population est par ailleurs invitée à signaler toute fuite ou anomalie sur le réseau en contactant la TdE via le numéro vert gratuit 8994. Une mobilisation collective qui, conjuguée aux réponses institutionnelles, conditionnera la capacité de la région de la Kara à traverser cette crise hydrique sans précédent.

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