A Lomé, une marche silencieuse suivie d’un dépôt de gerbes à la lagune de Bè-Houvémé, prévue par des partis politiques d’opposition et des organisations de la société civile (OSC), a été empêchée mardi par des agents de sécurité. Les responsables de la société et des leaders de l’opposition ont dénoncé un musellement de trop.
L’action visait à honorer la mémoire des personnes dont les corps ont été repêchés ces dernières semaines dans les eaux du quartier Bè, notamment dans le 4e Lac et la lagune de Bè-Houvémé. Des drames qui ont profondément choqué l’opinion publique togolaise, dans un contexte de forte crispation sociopolitique.
La Lagune de Bè sous haute sécurité
Prévue initialement le 14 juillet, l’hommage aux victimes avait été interdite par les autorités togolaises. Les organisateurs avaient alors décidé de la reporter au lendemain, mardi 15 juillet, jour de clôture de la campagne pour les élections municipales. À l’issue d’une caravane dans les rues de Lomé, les leaders et leurs partisans ont tenté de s’approcher de la lagune de Bè-Houvémé, là où plusieurs corps ont été retrouvés.
Mais à peine la marche silencieuse amorcée, deux véhicules transportant des forces de l’ordre sont arrivés à vive allure, interrompant le rassemblement. Des agents en tenue, certains cagoulés et non identifiés, ont ordonné aux responsables de quitter les lieux immédiatement, voire de ramasser les gerbes.
Face à cette démonstration de force, les organisateurs ont décidé de se retirer pour éviter tout affrontement.
« Les partis politiques ont suspendu leur campagne pour rendre hommage aux victimes. Mais comme vous l’avez vu, cela n’a pas été facile. Certains agents de sécurité n’étaient pas identifiables, ce qui interroge sur leur affiliation », a déclaré le professeur David Dosseh, figure de la société civile et coordinateur du Front Citoyen Togo Debout.
« Malgré tout, nous avons pu déposer symboliquement les gerbes au niveau de la Lagune de Bè, et c’est ce qui comptait », a-t-il ajouté, visiblement ému mais déterminé.
Présence remarquée des leaders de l’opposition
Parmi les personnalités présentes figuraient Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), ainsi que Targone Sambiri N’Wakim, coordinateur de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP). Une présence politique qui donne une dimension supplémentaire à cette initiative citoyenne, dans un climat où le moindre rassemblement public est scruté avec attention.
Le déploiement de forces non identifiées pour empêcher un hommage aux victimes suscite de vives inquiétudes. Alors que la Force Sécurité Élection Municipale (FOSEM), composée de 12 000 agents, est officiellement chargée de la sécurisation du processus électoral, la présence d’unités parallèles ou non reconnues alimente les soupçons de surveillance et d’intimidation politique, d’après Jean-Pierre Fabre et les autres.
Cette nouvelle confrontation entre société civile, opposition et forces de l’ordre vient raviver les tensions dans une capitale encore marquée par les récents drames survenus dans les eaux de Bè, alors même que les causes officielles avancées sont contestées par les organisations de la société civile.
« Ce n’est pas la fin. Nous continuerons à exiger vérité et justice pour ces victimes », a conclu Professeur Dosseh. D’autres initiatives citoyennes sont déjà en préparation, selon les responsables du Front Citoyen Togo Debout.
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