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Haïti : le Tchad déploie 800 hommes pour la sécurité

Didier ASSOGBA
4 Min Read

Alors que la mission internationale de soutien à la sécurité en Haïti entre dans une phase de transition, le Tchad se prépare à y jouer un rôle accru. Selon des informations rapportées par Reuters, N’Djamena envisage de déployer 800 policiers et gendarmes pour appuyer la Police nationale haïtienne dans sa lutte contre les gangs armés.

Peu de détails ont filtré sur les modalités précises de ce déploiement. Les forces tchadiennes devraient toutefois être opérationnelles à partir de juin, après une phase de formation assurée par des partenaires européens et américains. Une montée en puissance qui intervient dans un contexte de redéfinition de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) en Haïti.

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Une mission en perte de vitesse

Le repositionnement tchadien coïncide avec le retrait progressif de contingents déjà engagés. Le Kenya, qui constituait l’épine dorsale du dispositif, a récemment rapatrié 215 policiers, marquant une inflexion dans son engagement. Officiellement, il s’agit d’une phase de transition. Officieusement, ce retrait partiel illustre les difficultés opérationnelles et politiques rencontrées sur le terrain.

Depuis son lancement en 2023, la MSS peine à inverser durablement la dynamique sécuritaire en Haïti. Les gangs continuent de contrôler de larges portions du territoire, notamment dans la capitale Port-au-Prince, où enlèvements, extorsions et affrontements armés rythment le quotidien.

La dégradation de la situation sécuritaire s’inscrit dans une crise politique et institutionnelle profonde, aggravée depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Depuis lors, le pays peine à se doter d’une gouvernance stable, tandis que les institutions se fragilisent.

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Selon les estimations des Nations unies, plus d’un million de personnes ont été déplacées et près de la moitié de la population est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë. Dans ce contexte, le soutien international apparaît indispensable, mais ses modalités et son efficacité restent débattues.

Le pari tchadien

L’engagement du Tchad soulève plusieurs interrogations. Fort d’une expérience reconnue dans les opérations de sécurité en Afrique, notamment dans la lutte contre les groupes armés au Sahel, le pays entend capitaliser sur son savoir-faire sécuritaire pour s’imposer comme un acteur crédible sur la scène internationale.

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Mais ce déploiement intervient alors même que le Tchad fait face à ses propres défis internes. À l’est, la frontière avec le Soudan demeure instable, alimentée par les répercussions du conflit soudanais. Les autorités tchadiennes ont récemment dénoncé des incursions et des attaques, allant jusqu’à fermer la frontière en février 2026. Quelques semaines plus tard, une attaque de drones faisait au moins 17 morts parmi les civils.

Entre projection extérieure et fragilités internes

Dans ce contexte, la décision d’engager 800 hommes en Haïti traduit une volonté de projection diplomatique et sécuritaire, mais aussi une prise de risque. Elle interroge la capacité du Tchad à concilier ses engagements extérieurs avec la gestion de ses propres vulnérabilités.

Pour la communauté internationale, l’arrivée de nouvelles forces pourrait offrir un répit à une mission en quête de souffle. Mais sans solution politique durable en Haïti, l’impact de ces renforts risque de rester limité.

À Port-au-Prince comme à N’Djamena, une même équation se pose : comment restaurer l’autorité de l’État dans des contextes marqués par l’instabilité chronique ? Pour l’heure, la réponse continue de passer par des dispositifs sécuritaires dont l’efficacité reste, elle, incertaine.

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