Lignée historique de la région des Lacs, la famille CREPPY traverse depuis près de trois ans une crise interne autour de la désignation de son chef. Entre héritage testamentaire, initiatives concurrentes et recours à la justice, l’équilibre de la famille a reçu un sérieux coup. Désormais, des voix se lèvent pour appeler les différentes parties à accepter le respect des règles existantes pour mettre fin à la crise
À Aného, ancienne capitale du Togo et haut lieu de l’histoire politique et coutumière du pays, le nom CREPPY renvoie à une lignée reconnue. Issue de feu Joseph Folivi CREPPY, figure fondatrice de la famille, celle-ci s’est structurée dès 1925 autour d’un cadre formel : un testament officiel désignant John Kunaké CREPPY comme chef de famille.
Pendant plusieurs décennies, cette désignation n’a jamais été remise en cause. En droit coutumier local, une telle continuité vaut reconnaissance collective et consacre l’existence d’une Maison-Chef, c’est-à-dire une lignée de référence habilitée à exercer la chefferie familiale, à arbitrer les conflits internes et à gérer le patrimoine commun.
Mais depuis 2022, cet équilibre historique est fragilisé. En effet, après le décès de Naa Dédé Rosa Gamélé CREPPY, qui incarnait une solution consensuelle exceptionnelle, la question de la succession s’impose avec acuité dans la famille CREPPY.
A l’origine des tensions dans la famille CREPPY
À partir de cette période, plusieurs initiatives émergent au sein de la famille, notamment la création d’un groupe présenté comme un « conseil provisoire », sans mandat formel ni validation coutumière reconnue.
Ces démarches, perçues par une partie de la famille comme un contournement des usages établis, ouvrent une séquence de divergences internes. Ainsi l’on a assisté aux désaccords sur l’organisation familiale, aux interprétations concurrentes des règles coutumières, et à des contestations sur la légitimité des instances mises en place.
Entre 2023 et 2024, les tensions au sein de la famille CREPPY se traduisent par une multiplication de communications internes et publiques, alimentant une confusion croissante dans l’opinion locale. Face au risque d’implosion, un Conseil des Sages et des Aînés est constitué en 2024–2025. L’initiative vise à restaurer le dialogue, rappeler le cadre coutumier et éviter que le conflit ne dégénère en rupture durable.
Cette initiative bénéficie d’une reconnaissance des autorités coutumières locales et débouche sur une rencontre familiale élargie le 22 octobre 2025. Celle-ci aboutit à l’adoption d’un mode consensuel de désignation du chef de famille, avec une mise en œuvre programmée pour le 5 novembre 2025.
Mais ce processus n’ira pas à son terme. L’une des parties se retire du dispositif, avant d’initier un autre cadre de concertation parallèle, relançant les tensions.
Le recours à la justice comme ultime garde-fou
Dans ce climat délétère, une procédure judiciaire est engagée, non pour trancher une chefferie – compétence relevant avant tout de la coutume – mais pour prévenir des actes irréversibles et préserver les intérêts collectifs.
Le Tribunal d’Aného rend, le 4 décembre 2025, une ordonnance de mesures conservatoires. L’affaire reste pendante et est inscrite pour audience au 27 janvier 2026.
Pour les membres du Conseil des Sages, cette démarche judiciaire se veut un instrument de régulation, et non une judiciarisation du conflit. En effet, elle vise à créer un espace de temps, afin que les mécanismes traditionnels puissent reprendre leurs droits dans un cadre apaisé.
Une crise révélatrice des mutations du pouvoir coutumier
Au-delà de la famille CREPPY, l’affaire met en lumière une problématique plus large concernant la fragilisation des autorités traditionnelles face à la modernité institutionnelle, aux ambitions individuelles et à la recomposition des rapports de pouvoir.
« Il ne s’agit pas d’un affrontement entre individus, mais d’une question de respect de l’histoire familiale, de la parole du fondateur et des règles coutumières », résume Léopold Kangni CREPPY, porte-parole du Premier Conseil des Sages.
La position officielle de ce dernier repose sur quatre principes. En premier lieu le respect strict des usages traditionnels. En deuxième lieu, le refus de toute violence symbolique ou verbale. En troisième lieu, la transparence et pédagogie vis-à-vis du public. Et en quatrième lieu, la recherche d’une solution durable et honorable.
À ce stade, la désignation du chef de famille CREPPY demeure en suspens, tant sur le plan coutumier que judiciaire. Aucun leadership incontesté n’a émergé, et les mécanismes de régulation restent fragiles. Pour l’heure, la famille appelle au calme, à la retenue et à la responsabilité collective. Vivement que les protagonistes sachent transformer cette crise en opportunité de refondation.
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