La libération, le mercredi 31 décembre 2025, de 1 511 prisonniers, dont des détenus politiques, dans le cadre d’une grâce présidentielle annoncée la veille par Faure Gnassingbé s’inscrit dans une séquence politique que le pouvoir présente comme celle de l’apaisement. À l’approche de 2026, le gouvernement togolais cherche à desserrer l’étau d’un climat politique demeuré conflictuel depuis la révision constitutionnelle d’avril 2024 et l’entrée effective du pays dans un régime parlementaire en mai 2025.
Parmi les personnes remises en liberté figurent plusieurs détenus arrêtés dans un contexte de contestation politique et sociale. On cite entre autres Sokpor Sitsopé Honoré, alias « Affectio », incarcéré depuis janvier 2025, Grâce Koumayi, sage-femme d’État arrêtée en octobre 2025, Amavi Katanga, interpellée en novembre, ou encore Folly Satchivi, détenu depuis juillet. Tous étaient poursuivis pour des infractions sensibles — atteinte à la sécurité intérieure de l’État, outrage à l’autorité publique ou diffusion de fausses informations — régulièrement dénoncées par l’opposition comme des qualifications pénales à forte portée politique.
La mesure concerne également 27 détenus liés à l’affaire dite « Tigre Révolution », héritage judiciaire des manifestations de 2017, ainsi qu’Abdoul Aziz Goma, citoyen togolais-irlandais arrêté à Lomé en 2018. Autant de dossiers qui, depuis plusieurs années, alimentaient les critiques sur la gestion sécuritaire de la contestation et sur l’état des libertés publiques au Togo.
Relaxe des détenus politiques pour l’apaisement
Officiellement, le pouvoir assume une logique de réconciliation nationale. « Il ne s’agit ni d’impunité, ni de faiblesse face à des crimes graves, mais d’éviter que des erreurs ou des moments d’égarement deviennent des destins brisés », a déclaré Faure Gnassingbé, présentant cette décision comme une étape vers un climat politique plus apaisé.
Pour autant, cette libération de détenus politiques intervient dans un contexte de défiance persistante. Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en avril 2024, qui a transformé en profondeur l’architecture institutionnelle du pays, et le basculement vers un régime parlementaire en mai 2025, les forces de l’opposition continuent de contester la légitimité du processus. Elles dénoncent une réforme conduite sans véritable consensus national et perçue comme un moyen pour Faure Gnassingbé de se maintenir au cœur du pouvoir, désormais en tant que président du Conseil.
Si des responsables politiques de l’opposition, à l’image de Nathaniel Olympio, président du Parti des Togolais, ont salué la libération de plusieurs jeunes militants et reconnu leur engagement pour la démocratie, ils restent prudents sur la portée réelle de cette mesure. Pour nombre d’acteurs critiques du régime, la grâce présidentielle, aussi large soit-elle, ne saurait se substituer à un dialogue politique inclusif ni à des garanties durables sur les libertés publiques et l’équilibre institutionnel.
La libération des détenus politiques apparaît ainsi comme un signal politique fort, mais encore insuffisant, d’après certains observateurs, pour lever les soupçons et apaiser durablement un paysage politique profondément polarisé. À l’aube de 2026, le gouvernement de Faure Gnassingbé tente de donner des gages d’ouverture, tout en restant confronté à une opposition qui continue de remettre en cause les fondements mêmes du nouvel ordre constitutionnel.
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