Alors que le Bénin s’apprête à célébrer le 65e anniversaire de son indépendance, une initiative inédite suscite attention et interprétations dans la sous-région. Pour la première fois depuis plusieurs années, le gouvernement béninois a décidé d’inviter des troupes étrangères, dont celles de l’Alliance des États du Sahel, à participer au traditionnel défilé militaire du 1er août à Cotonou. Parmi les pays pressentis, deux noms reviennent avec insistance : le Burkina Faso et le Niger.
L’annonce a été faite par Wilfried Houngbedji, porte-parole du gouvernement béninois. « Cette année, nous avons invité quatre pays dont les troupes sont attendues pour parader aux côtés des nôtres. À l’heure où je vous parle, deux seront là avec certitude », a-t-il déclaré. Mais c’est surtout la précision suivante qui a fait réagir : « Les deux autres sont des pays de l’AES. »
Un message de fraternité aux voisins en crise
Sans nommer explicitement le Burkina Faso et le Niger, Houngbedji a levé une partie du voile sur l’intention politique derrière cette invitation. « Nous avons fait la démarche de les inviter pour leur dire que nous sommes des frères, que nos populations sont les mêmes de part et d’autre des frontières », a-t-il insisté, soulignant l’importance des liens familiaux, culturels et économiques qui unissent ces nations.
À ce stade, aucune réponse officielle n’a été communiquée par Ouagadougou ou Niamey. Pourtant, le simple fait d’avoir lancé l’invitation est en soi un geste diplomatique significatif, surtout dans un contexte régional marqué par des fractures profondes entre les États membres de la CEDEAO.
Depuis les prises de pouvoir par des militaires au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023), le Bénin, fidèle à la ligne de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, avait maintenu une certaine distance avec ces régimes, tout en évitant les sanctions économiques ou diplomatiques directes. Mais cette invitation militaire pourrait marquer un tournant subtil dans sa politique étrangère.
Apaisement avec l’Alliance des États du Sahel ?
Le Bénin partage avec le Niger et le Burkina Faso des frontières terrestres longues et poreuses, traversées quotidiennement par des milliers de personnes. La sécurité de ces zones est cruciale, notamment face à la menace croissante des groupes armés jihadistes qui prospèrent dans la zone dite des « trois frontières ».
En invitant les armées de ces deux pays à défiler aux côtés des Forces de défense et de sécurité béninoises, le gouvernement de Porto-Novo envoie un message clair : la coopération régionale en matière de sécurité prime sur les divisions politiques. C’est aussi une manière de réaffirmer que, malgré les divergences institutionnelles, les peuples d’Afrique de l’Ouest restent liés par une histoire commune, des solidarités ancestrales et des défis partagés.
« Le Bénin reste toujours disposé à avoir une bonne coopération avec eux », a insisté Houngbedji, rappelant que cette démarche s’inscrit dans une volonté de renforcer la stabilité régionale.
Ce geste, s’il se concrétise, signifie un changement de position du Bénin vis-à-vis des pays de l’Alliance des États du Sahel. Il reflète une réalpolitik régionale, où la priorité est désormais donnée à la sécurité, à la stabilité et à la paix, même au prix de compromis diplomatiques.
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