Le débat sur l’avenir de l’Education en Afrique s’est achevé samedi à Lomé. Une interrogation de fond domine les échanges : comment refonder un système éducatif capable de répondre aux mutations sociales, économiques et culturelles du continent ? Durant trois jours, universitaires, praticiens et citoyens venus du Togo, du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal croisent leurs analyses.
C’est dans le cadre d’un colloque international organisé par Le Rameau de Jessé sur le thème : « Repenser l’éducation en Afrique : quels paradigmes pour le changement social ? ».
Le colloque se positionne d’emblée comme un espace de délibération publique. Pour Roger Ekoué Folikoué, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé et maître d’œuvre de l’initiative, l’enjeu dépasse le cadre académique : « la question éducative est fondamentalement citoyenne ». Autrement dit, elle ne peut plus être l’apanage exclusif des institutions, mais doit s’ouvrir à une pluralité d’acteurs.
Une remise en cause des modèles hérités
Dès la conférence inaugurale, le ton est donné. La question provocatrice – « l’Afrique a-t-elle besoin de spécialistes de l’éducation ? » – a révélé une tension structurante. Celle entre expertise académique et appropriation sociale de l’éducation. Animée par Maryse Quashie et modérée par Prof Octave Nicoué Broohm, la session a mis en lumière les limites d’un système souvent perçu comme déconnecté des réalités locales.
Il ressort des échanges que l’école africaine reste largement tributaire de modèles exogènes, parfois inadaptés aux contextes culturels et linguistiques. La question des langues nationales, en particulier, ont cristallisé les débats. Pour plusieurs intervenants, la marginalisation des langues africaines dans les systèmes éducatifs contribue à une rupture entre savoir scolaire et vécu social, avec des conséquences directes sur la qualité des apprentissages.
Il est largement partagé que le système éducatif en Afrique est en crise de pertinence. Les participants s’accordent également que l’éducation demeure un levier central du développement africain. Encore faut-il qu’elle soit repensée dans ses finalités comme dans ses modalités.
Les discussions ont ainsi porté sur plusieurs enjeux. L’adéquation entre formation et employabilité, la nécessité d’intégrer les technologies éducatives, ou encore la refonte des politiques publiques en matière d’orientation curriculaire. Derrière ces thématiques, une préoccupation est d’arriver à faire de l’école un espace de production de compétences utiles, et non un simple vecteur de certification.
Repenser le système éducatif en Afrique
L’un des apports majeurs du colloque réside dans la mise en avant d’une gouvernance éducative élargie. En réunissant chercheurs, institutions, centres de formation et citoyens, l’initiative esquisse les contours d’un modèle plus participatif.
Des figures comme Victor Topanou ou encore des acteurs de terrain issus de structures telles que le Centre international de développement agropastoral ou le Centre d’apprentissage Maria Auxiliadora apportent une diversité de perspectives, entre réflexion théorique et retour d’expérience opérationnel.
Cette hybridation des approches traduit une évolution notable. En effet, l’éducation n’est plus envisagée uniquement comme une politique sectorielle, mais comme un enjeu transversal, au croisement des dynamiques sociales, économiques et culturelles.
Le colloque met en lumière l’urgence de réconcilier l’école africaine avec ses sociétés. Les cinq axes évoqués par Roger Ekoué Folikoué traduisent une volonté de dépasser les réformes fragmentées pour engager une transformation systémique. En effet, au-delà des débats, c’est bien la question de l’avenir des jeunes générations qui est posée. Dans des contextes marqués par une forte pression démographique et un chômage des diplômés persistant, l’inefficacité du système éducatif n’est plus seulement un problème académique. Elle devient un enjeu de stabilité sociale et de compétitivité économique.
À Lomé, Le Rameau de Jessé estime que la transformation du système éducatif africain ne peut être différée. Elle suppose une mobilisation collective, où chaque acteur – de l’État au citoyen – assume une part de responsabilité.
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