Le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD) émet des réserves sur le budget 2027. Dans un communiqué publié le 4 novembre 2026, le parti présidé par Jonas Siliadin pointe des incertitudes sur le financement du budget, le poids de la dette publique et l’exécution des dépenses sociales. Il appelle le gouvernement à davantage de transparence et à faire des résultats concrets une priorité.
Le projet de loi des finances 2027 ne convainc pas totalement le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD). Après son adoption en Conseil des ministres le 22 octobre dernier, le texte fait l’objet de réserves de la part de cette formation politique, qui estime que les ambitions affichées par le gouvernement doivent être confrontées aux capacités réelles de financement et d’exécution des politiques publiques.
Dans un communiqué signé le 4 novembre à Lomé par son président national, Jonas Siliadin, le MPDD considère que le projet de loi de finances ne présente pas encore toutes les garanties nécessaires en matière de réalisme budgétaire, de cohérence des priorités économiques et sociales et de réalisation effective des investissements annoncés.
Le parti place notamment le débat autour de quatre préoccupations : la crédibilité des prévisions financières, la progression de l’endettement, l’efficacité des dépenses publiques et la justice sociale.
Un déficit qui suscite des interrogations autour du budget 2027
Le projet de budget 2027 prévoit 1 675,2 milliards de francs CFA de recettes budgétaires pour 1 915 milliards de dépenses, soit un déficit prévisionnel de 239,9 milliards. Les dépenses en capital sont évaluées à 644 milliards de francs CFA.
Pour le MPDD, ces prévisions doivent être examinées à la lumière des révisions apportées au budget 2026. Le déficit, initialement fixé à 206,6 milliards de francs CFA, a été porté à 247,6 milliards dans le projet de loi de finances rectificative. Celui annoncé pour 2027 ne serait donc inférieur que de 7,7 milliards à celui désormais attendu pour 2026.
Le gouvernement vise une réduction du déficit de 3,3 % du PIB en 2026 à 3 % en 2027. Mais le parti estime que l’atteinte de cet objectif dépendra de la mobilisation effective des recettes et de la maîtrise des dépenses.
Il rappelle notamment qu’en 2025, les recettes fiscales ont atteint 915,5 milliards de francs CFA, contre 1 028,4 milliards attendus. Les investissements publics ont, de leur côté, été exécutés à hauteur de 380,8 milliards, pour une programmation de 487,1 milliards, soit environ 78 %.
Malgré une amélioration des recettes fiscales et des investissements financés sur ressources intérieures au premier semestre 2026, le MPDD appelle à davantage de prudence. Pour le parti, la crédibilité d’un budget se mesure moins aux montants annoncés qu’à la capacité de l’État à réaliser effectivement ses engagements.
La dette publique et ses charges sous surveillance
Autre sujet de préoccupation : l’endettement de l’État. À fin juin 2026, l’encours de la dette de l’administration centrale s’élevait à environ 4 458 milliards de francs CFA, correspondant à 60,2 % du PIB. Le ratio est en baisse par rapport à fin 2025, mais le stock de la dette a progressé d’environ 145 milliards au cours du premier semestre.
Le MPDD relève que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale considèrent la dette togolaise comme soutenable, avec un risque de surendettement modéré. Les deux institutions signalent néanmoins des vulnérabilités, notamment en matière de refinancement. Le projet de budget 2027 prévoit par ailleurs 201,5 milliards de francs CFA pour le paiement des intérêts de la dette, contre 188,6 milliards dans le projet rectificatif de 2026.
Sans remettre en cause le recours à l’emprunt pour financer le développement, le parti plaide pour une utilisation rigoureuse des ressources mobilisées. Il demande notamment une évaluation systématique des investissements financés par la dette et un examen parlementaire approfondi de la trajectoire de l’endettement public.
Les dépenses sociales au cœur des critiques
Le MPDD s’inquiète également des arbitrages opérés dans les secteurs sociaux. Entre le projet rectificatif de 2026 et le budget 2027, les crédits du ministère chargé de la Santé restent pratiquement stables, autour de 116 milliards de francs CFA. Ceux du ministère chargé de l’Eau devraient en revanche passer de 27,7 à 22,3 milliards, soit une diminution d’environ 19,5 %.
Les crédits consacrés à l’enseignement scolaire sont évalués à 213,6 milliards de francs CFA, contre 47,4 milliards pour l’enseignement supérieur. Le parti relève aussi plusieurs programmes transversaux annoncés par le gouvernement, notamment 81,2 milliards de francs CFA pour les services et infrastructures essentiels dans les zones fragiles et mal desservies, 41,3 milliards pour la protection sociale intégrée et 114,7 milliards pour la transformation agricole et l’agro-industrialisation.
Mais ces enveloppes ne constituent pas nécessairement des dotations supplémentaires aux ministères concernés. Leur impact dépendra des financements effectivement mobilisés et des projets réalisés.
Pour étayer ses préoccupations, le MPDD revient sur les taux d’exécution des dépenses sociales en 2024. Ils s’établissaient à 90,1 % pour l’enseignement scolaire et à 84,6 % pour l’enseignement supérieur. En revanche, ils n’étaient que de 40,2 % pour la santé, de 35 % pour le développement à la base et de 26,1 % pour l’eau.
Ces écarts illustrent, selon le parti, les limites d’une programmation budgétaire qui ne garantit pas automatiquement la réalisation des investissements annoncés. Il demande que les projets prioritaires soient clairement localisés et accompagnés d’informations sur leur financement, leur calendrier d’exécution et les résultats attendus.
L’effort fiscal doit être accompagné de transparence
Le projet de budget 2027 table sur 1 425,6 milliards de francs CFA de recettes fiscales brutes, contre 1 338,9 milliards dans le projet rectificatif de 2026. Le MPDD reconnaît la nécessité d’accroître les ressources intérieures pour financer le développement et renforcer l’autonomie financière de l’État. Il appelle toutefois à une répartition équitable de la charge fiscale, tenant compte du pouvoir d’achat des ménages et de la compétitivité des entreprises.
Dans un contexte de vie chère, le parti estime que les contribuables doivent pouvoir apprécier concrètement l’utilisation des ressources mobilisées. Il demande notamment davantage de transparence sur les 88,5 milliards de francs CFA prévus pour les investissements communs, ainsi que sur les sources de financement des quinze programmes prioritaires évalués à 855,2 milliards, dont 490 milliards devraient être financés par le budget 2027.
La formation politique plaide également pour une évaluation régulière des dépenses fiscales, une production plus systématique des lois de règlement et un renforcement du contrôle parlementaire sur l’exécution des politiques publiques.
Le Parlement appelé à jouer pleinement son rôle
Au terme de son analyse, le MPDD invite le gouvernement à démontrer la solidité de sa programmation financière, à sécuriser les ressources nécessaires aux investissements prioritaires et à rendre régulièrement compte de leur exécution.
Le parti appelle également les députés à exercer pleinement leurs responsabilités dans l’examen du projet de loi de finances 2027, afin que les choix budgétaires fassent l’objet d’un débat rigoureux et d’un contrôle effectif.
Pour Jonas Komlan Akewobudo Siliadin, l’enjeu est de faire du budget 2027 un véritable engagement de résultats envers les populations. Le MPDD défend ainsi une gestion publique qui associe discipline financière, efficacité économique et justice sociale.
Au-delà des prévisions de recettes et de dépenses, le parti pose une question centrale : dans quelle mesure les ressources publiques prévues pour 2027 permettront-elles d’améliorer concrètement les conditions de vie des Togolais ?
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