L’intelligence artificielle pourrait générer 172 millions de dollars supplémentaires pour l’économie togolaise à l’horizon de dix ans. C’est l’une des principales conclusions de l’Indice Ayre, une étude consacrée à la préparation des jeunes à l’IA dans les pays du Commonwealth. Si le Togo dispose d’une couverture mobile étendue, le coût de l’Internet, les interruptions de connexion et les insuffisances dans la formation constituent encore des obstacles à saisir pleinement les opportunités de cette technologie.
Le Togo pourrait tirer des retombées économiques significatives du développement de l’intelligence artificielle (IA). Selon une nouvelle étude de l’Ayre Think Tank, cette technologie pourrait contribuer à augmenter le produit intérieur brut (PIB) du pays de 172 millions de dollars américains au cours des dix prochaines années, dans un scénario de croissance modérée. Les gains potentiels sont estimés à 83 millions de dollars dans une hypothèse prudente et à 262 millions de dollars dans un scénario optimiste.
Ces projections figurent dans l’Indice Ayre, dévoilé à l’occasion de la Réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM), organisée à Antigua-et-Barbuda. L’étude évalue le niveau de préparation des jeunes à l’intelligence artificielle dans 56 pays membres de l’organisation.
Avec un score de 42,6 sur 100, le Togo occupe la 37e place du classement. Il reste ainsi en dessous du seuil de préparation établi à 53 points, atteint ou dépassé par seulement 15 pays du Commonwealth.
Un accès à Internet encore contraignant
L’étude, réalisée par l’Ayre Think Tank, fondé par le philanthrope antiguais et canadien Calvin Ayre, relève un paradoxe dans le paysage numérique togolais. Malgré une couverture du réseau mobile 4G estimée à 99,7 % de la population, seuls 44,9 % des jeunes concernés par les données analysées déclaraient utiliser Internet.
Le coût de la connexion constitue l’un des principaux freins. Les dépenses consacrées aux données mobiles représentent 9,46 % du revenu mensuel moyen et dépassent le cinquième des revenus des 40 % de la population les plus pauvres. À cette difficulté s’ajoute la qualité du service : 74,4 % des entreprises interrogées ont signalé des interruptions de connexion.
Pour les auteurs de l’étude, ces contraintes limitent les possibilités offertes aux jeunes en matière d’apprentissage à distance, d’entrepreneuriat numérique et d’appropriation des nouvelles technologies. L’accès à l’IA suppose en effet une connexion suffisamment abordable et stable pour permettre son utilisation régulière.
Le défi de l’intelligence artificielle en langues locales
Au-delà des infrastructures, la question linguistique apparaît comme un autre enjeu majeur. Si les outils d’intelligence artificielle prennent relativement bien en charge le français, les performances sont nettement plus limitées lorsqu’il s’agit de considérer l’ensemble des langues parlées au Togo.
Le pays obtient ainsi un score inférieur à 40 sur 100 en matière de prise en charge numérique des langues. Cet indicateur couvre les technologies linguistiques dans leur ensemble et ne concerne donc pas exclusivement l’intelligence artificielle. Il révèle néanmoins les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les utilisateurs des langues nationales dans l’accès aux services numériques.
Des initiatives sont toutefois engagées pour répondre à cette problématique. En septembre 2026, le gouvernement a lancé les premiers tests publics de « Voix du Togo », un projet destiné à développer des outils d’IA capables de comprendre et d’utiliser les langues locales.
La première phase concerne notamment l’éwé, le kabiyè et le moba, avec l’ambition d’étendre progressivement le dispositif à une cinquantaine de langues nationales. L’objectif est de faciliter l’accès aux services publics numériques, mais également de permettre aux étudiants, chercheurs et entreprises technologiques togolaises de participer à la conception de solutions adaptées aux réalités locales.
Formation et emploi, deux autres défis
La préparation des jeunes à l’intelligence artificielle dépend également de la qualité de l’éducation et de la formation. Sur ce volet, le Togo n’obtient que 2,5 points sur 10 dans l’Indice Ayre, malgré un niveau relativement élevé de participation à l’enseignement.
L’étude relève notamment une proportion limitée d’enseignants formés et l’absence de données faisant état d’une intégration de l’informatique dans les programmes scolaires, selon les indicateurs retenus. Elle souligne également le manque d’informations permettant d’évaluer directement les compétences numériques et les connaissances en intelligence artificielle des jeunes Togolais.
Les auteurs appellent ainsi à renforcer les formations pratiques et à améliorer la collecte des données sur les usages de l’IA. Ils insistent aussi sur la nécessité de consolider les passerelles entre le système éducatif, le marché du travail et l’entrepreneuriat.
Sur ce dernier point, les données de l’étude mettent en évidence le poids du chômage dans les motivations entrepreneuriales des jeunes. Une enquête réalisée en 2022 indique que 24,7 % des Togolais âgés de 18 à 29 ans créaient ou dirigeaient une jeune entreprise. Parmi eux, 83,9 % citaient le manque d’emplois comme l’une de leurs motivations. Au Canada, cette proportion était de 58,7 %.
Pour l’Ayre Think Tank, l’enjeu consiste donc à favoriser l’émergence d’entreprises viables, capables de créer des emplois, plutôt que de voir l’entrepreneuriat devenir principalement une réponse à l’insuffisance des débouchés professionnels. L’intelligence artificielle pourrait contribuer à améliorer la productivité des petites entreprises, leurs services et leur capacité à conquérir de nouveaux marchés, à condition que les entrepreneurs disposent des compétences, des infrastructures et des financements nécessaires.
Des initiatives gouvernementales en cours
Le Togo a déjà engagé plusieurs actions pour renforcer les compétences numériques et favoriser l’innovation. En août 2026, le gouvernement a entamé la formation de 101 spécialistes appelés à encadrer de nouveaux laboratoires d’innovation pédagogique. Ces espaces doivent permettre aux élèves et étudiants d’expérimenter les technologies, d’acquérir des compétences pratiques et de développer des solutions concrètes.
En septembre, les autorités ont également fait avancer leurs projets d’intégration de l’intelligence artificielle dans l’enseignement technique et professionnel, avec une attention particulière portée à l’adéquation entre les formations dispensées et les compétences recherchées par les employeurs.
L’accompagnement des jeunes entreprises technologiques figure aussi parmi les priorités. En mars 2026, le gouvernement a annoncé un programme destiné à renforcer les structures d’appui aux start-up, notamment à travers le mentorat et un meilleur accès aux financements.
Ces différentes initiatives devront cependant s’accompagner d’améliorations structurelles. La réduction du coût de l’accès à Internet, la fiabilisation des connexions et le développement de formations adaptées apparaissent comme des conditions essentielles pour transformer le potentiel de l’IA en opportunités économiques et professionnelles.
Cinq priorités pour mieux préparer les jeunes
Dans son Livre blanc, l’Ayre Think Tank formule cinq grandes recommandations à l’endroit des gouvernements et de leurs partenaires. Il préconise d’abord un accès abordable et fiable aux technologies numériques, puis un enseignement davantage axé sur les compétences pratiques.
Le document insiste également sur le renforcement des passerelles entre formation, emploi et création d’entreprise, le développement d’outils d’intelligence artificielle adaptés aux langues et aux besoins locaux, ainsi que la mise en place de garanties permettant aux jeunes de contester les décisions prises par des systèmes automatisés.
Pour Calvin Ayre, fondateur de l’Ayre Think Tank, les pays du Commonwealth doivent accélérer leurs efforts afin de ne pas rester en marge des transformations économiques liées à l’IA. Il estime que les jeunes doivent disposer des compétences et des possibilités nécessaires pour créer des entreprises, accéder à l’emploi et participer à la production de richesses.
Le professeur C. Justin Robinson, vice-chancelier adjoint et directeur du campus Five Islands de l’Université des Indes occidentales, souligne, pour sa part, que les jeunes ne doivent pas être de simples consommateurs de technologies conçues ailleurs. Ils doivent également pouvoir questionner les systèmes d’IA, contribuer à leur amélioration et développer des solutions répondant à leurs propres besoins.
Au Togo, où environ 2,24 millions de personnes sont âgées de 15 à 29 ans, l’enjeu dépasse ainsi la seule adoption des outils d’intelligence artificielle. Il s’agit de créer les conditions permettant à cette jeunesse de participer à leur conception, de les utiliser dans les activités économiques et d’en tirer des opportunités durables en matière d’emploi et de revenus.
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