À Moscou, Vladimir Poutine a défendu mercredi une recomposition de l’ordre international donnant davantage de poids aux pays émergents et à l’Afrique. Lors du troisième Sommet Russie-Afrique, le président russe a présenté la souveraineté des États et le choix autonome des trajectoires de développement comme les principaux axes de la coopération entre Moscou et le continent.
Le président russe, Vladimir Poutine veut inscrire le partenariat avec l’Afrique dans la transformation du système international. S’exprimant lors de la séance plénière du Forum économique et humanitaire Russie-Afrique, organisé en marge du sommet de Moscou, il a estimé que l’émergence d’un monde multipolaire constituait désormais une tendance irréversible.
« L’époque où le destin de continents entiers était déterminé par un groupe restreint d’États touche irrévocablement à sa fin », a déclaré le chef du Kremlin, appelant à un ordre international dans lequel les intérêts et la voix de l’ensemble des États seraient davantage pris en compte.
L’Afrique au cœur de la recomposition mondiale
Dans cette vision, Moscou considère l’Afrique comme l’un des pôles appelés à prendre une place croissante dans l’économie et la politique internationales. Vladimir Poutine a notamment mis en avant la volonté des pays africains de défendre leur souveraineté et de déterminer eux-mêmes leurs priorités de développement.
Le président russe a également souligné le poids grandissant des économies émergentes. Selon les données qu’il a avancées, les pays membres des BRICS ont représenté plus de 40 % du produit intérieur brut mondial au cours des cinq dernières années, contre moins de 30 % pour les pays du G7.
Pour Moscou, cette évolution traduit un déplacement progressif du centre de gravité de l’économie mondiale et renforce la nécessité d’une représentation plus équilibrée dans les instances internationales.
Lavrov met en avant la « souveraineté » africaine
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a développé le même argument lors d’un petit-déjeuner de travail avec ses homologues africains.
Le chef de la diplomatie russe a affirmé que certains pays africains avaient subi des pressions destinées à les dissuader de participer au sommet de Moscou. Il a évoqué des pressions politiques, des menaces sur certains programmes d’aide et la diffusion, selon lui, d’informations qu’il considère comme fausses.
Ces déclarations s’inscrivent dans le discours plus large de Moscou dénonçant les tentatives occidentales d’influencer les choix diplomatiques de ses partenaires africains.
Sergueï Lavrov a surtout présenté l’évolution actuelle du continent comme un « deuxième éveil ». Après les indépendances politiques des années 1960, les pays africains chercheraient désormais à renforcer leur souveraineté économique, énergétique et financière.
« Aujourd’hui, après avoir obtenu leur indépendance politique, les Africains veulent assurer leur souveraineté économique, énergétique et financière », a-t-il déclaré, assurant que la Russie entend accompagner cette dynamique.
Moscou renforce son réseau diplomatique
La Russie cherche parallèlement à densifier sa présence institutionnelle sur le continent. Sergueï Lavrov a indiqué que huit nouvelles ambassades russes avaient ouvert en Afrique depuis le précédent sommet de 2023, portant à 48 le nombre de représentations diplomatiques russes.
Cette présence diplomatique accompagne le développement des relations politiques et économiques recherchées par Moscou avec les États africains.
Céréales, énergie et formation
La coopération économique occupe également une place centrale dans la stratégie russe. Vladimir Poutine a indiqué que plus de 40 pays africains recevaient des céréales et des engrais russes. Selon les chiffres présentés par le président russe, les exportations agricoles russes vers l’Afrique ont atteint 13 millions de tonnes au cours des neuf premiers mois de 2026.
Dans le secteur énergétique, plus de 30 projets seraient actuellement développés dans 16 pays africains.
La Russie mise également sur l’enseignement supérieur. Vladimir Poutine a affirmé que le nombre d’étudiants africains dans les universités russes avait progressé de 50 % depuis 2020, pour atteindre environ 40 000. Le quota de bourses destinées aux étudiants africains pour l’année universitaire 2026-2027 aurait, lui, été porté à 5 500.
Cette coopération universitaire constitue pour Moscou un autre levier de rapprochement avec les nouvelles générations africaines.
Vladimir Poutine appelle l’Afrique à peser davantage
Le président russe a enfin insisté sur le potentiel démographique du continent. S’appuyant sur les projections des Nations unies, il a rappelé que la population africaine pourrait dépasser 2,5 milliards d’habitants à l’horizon 2050, avec une forte proportion de jeunes.
Pour Moscou, cette dynamique démographique, combinée aux ressources naturelles et au potentiel économique du continent, fait de l’Afrique un partenaire stratégique de long terme.
Le troisième Sommet Russie-Afrique, organisé les 28 et 29 octobre à Moscou, doit permettre de préciser cette coopération dans les domaines politique, sécuritaire, économique, scientifique, technologique et culturel. Les travaux doivent notamment aboutir à une déclaration finale ainsi qu’à un plan d’action couvrant la période 2027-2029.
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