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Faux médicaments : les députés togolais se mobilisent contre le phénomène

Didier ASSOGBA
4 Min Read

À Lomé, la lutte contre les faux médicaments prend un tournant politique décisif. Mardi 24 juin 2025, l’Assemblée nationale togolaise a ouvert un séminaire parlementaire de deux jours, axé sur la sensibilisation et l’engagement des élus dans la lutte contre les médicaments de qualité inférieure et contrefaits. Une initiative conjointe avec la Fondation Brazzaville, cheville ouvrière de l’Initiative de Lomé, et le ministère de la Santé.

Dans l’hémicycle, la gravité du sujet a immédiatement été soulignée par Sevon-Tépé Kodjo Adédzé, président de l’Assemblée nationale, qui a donné le ton.

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« Ce séminaire n’est pas une simple rencontre. Il est un appel à l’éveil des consciences. Nous, législateurs, devons devenir les remparts contre cette injustice. », a-t-il ordonné.

Une réponse politique à une menace sanitaire

À ses côtés, le ministre de la Santé, Pr Tchin Darre, a alerté sur l’ampleur du fléau. « Le trafic de médicaments falsifiés compromet l’accès aux soins, mine la couverture sanitaire universelle et menace la santé publique », a-t-il martelé.

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Il a exhorté les députés à accélérer l’adoption des textes de loi en instance, destinés à criminaliser ce commerce illicite.

L’événement marque une étape majeure dans la mise en œuvre de l’Initiative de Lomé, lancée en 2020 et appuyée par plusieurs chefs d’État africains. Elle ambitionne de doter les États d’un arsenal juridique robuste et de favoriser l’adhésion à des instruments internationaux tels que la Convention MEDICRIME du Conseil de l’Europe, la Convention de Palerme de l’ONU ou encore le traité fondateur de l’Agence Africaine du Médicament.

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Selon les données présentées, un médicament sur dix dans les pays à faibles revenus est falsifié ou de qualité inférieure, une statistique alarmante dans un contexte où 70 à 90 % des médicaments en Afrique subsaharienne sont importés, exposant le continent à des réseaux transnationaux difficiles à contrôler.

Devant les élus, les experts de la Fondation Brazzaville ont détaillé les mécanismes de prolifération des faux médicaments et présenté les progrès réalisés par le Togo. Foulo Basse, directeur général de la fondation, a plaidé pour un renforcement de la production pharmaceutique locale, mais aussi de la recherche scientifique africaine. Il a annoncé la création d’un programme universitaire à la Sorbonne, dédié à la formation doctorale des jeunes chercheurs africains dans le domaine pharmaceutique.

Un engagement renforcé contre les faux médicaments

Les échanges avec les parlementaires ont révélé des préoccupations concrètes : absence de dispositifs de traçabilité, faiblesse des capacités nationales de contrôle, méconnaissance des produits falsifiés. Certains ont appelé à une meilleure structuration de la pharmacovigilance, tandis que d’autres ont évoqué la valorisation de la pharmacopée traditionnelle, en proposant la création d’un centre de recherche dédié aux médicaments locaux.

L’Assemblée nationale s’est engagée à approfondir l’appropriation des instruments juridiques disponibles et à inscrire la lutte contre les faux médicaments dans ses priorités législatives. « Il faut faire du droit à la santé un droit réel et opposable. Les médicaments falsifiés sont des poisons déguisés », a déclaré un député de la majorité, saluant la démarche comme un « devoir de justice sociale ».

Dans un pays où les faux médicaments continuent de circuler malgré les efforts de régulation, ce séminaire parlementaire pourrait bien marquer un tournant stratégique. L’enjeu est de protéger la population, restaurer la confiance dans le système de santé, et affirmer la souveraineté pharmaceutique du Togo.

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