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Paul-Henri Sandaogo Damiba remis au Burkina par le Togo

Togo Breaking News
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Lt-Col Paul-Henri Sandaogo Damiba

L’arrestation à Lomé, le 17 janvier, puis l’expulsion expéditive vers Ouagadougou de Paul-Henri Sandaogo Damiba marquent un tournant discret mais révélateur dans les équilibres politiques et sécuritaires d’Afrique de l’Ouest. Ancien homme fort du Burkina Faso, renversé en septembre 2022, Damiba vivait depuis plus de deux ans au Togo, jusqu’à ce que les autorités togolaises décident de mettre fin à cet exil devenu encombrant.

Selon des informations relayées par Africa Intelligence, l’ex-lieutenant-colonel a été interpellé par les services de sécurité togolais avant d’être remis, dès le lendemain, aux autorités burkinabè. Un transfert mené sans publicité, à bord d’un avion privé affrété par les services de renseignement togolais, et présenté comme une décision prise « sur instruction de la présidence ».

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À Ouagadougou, le régime du capitaine Ibrahim Traoré accuse son prédécesseur d’être impliqué dans un projet de coup d’État visant à renverser le pouvoir en place. Les autorités burkinabé affirment que ce complot, qui devait être déclenché début janvier, aurait été préparé avec des soutiens extérieurs, notamment en Côte d’Ivoire, avant d’être déjoué par les services de renseignement. Ces accusations, difficiles à vérifier de manière indépendante, s’inscrivent dans un climat de suspicion permanente entretenu par les autorités de transition, qui invoquent régulièrement la menace de déstabilisation pour justifier le durcissement sécuritaire.

Lomé, selon plusieurs sources proches du dossier, n’aurait pas ignoré ces alertes. Informé de l’existence supposée du projet, le Togo aurait adressé dès le 31 décembre 2025 un premier avertissement à Sandaogo Damiba, l’enjoignant à s’abstenir de toute activité susceptible de compromettre la stabilité du Burkina Faso. Une seconde mise en garde, transmise quelques jours plus tard, serait également restée lettre morte.

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Quand Sandaogo Damiba devient un risque diplomatique…

Dans ce contexte, le maintien de l’ancien président de la transition burkinabè sur le sol togolais est progressivement apparu comme un risque diplomatique majeur. Le Togo, qui s’efforce depuis plusieurs années de se positionner comme un acteur de dialogue et de médiation entre les régimes militaires du Sahel et leurs partenaires régionaux et internationaux, ne pouvait se permettre d’être perçu comme un sanctuaire pour figures jugées subversives par l’Alliance des États du Sahel (AES).

Cette décision illustre la marge de manœuvre réduite des États côtiers face aux exigences sécuritaires des régimes sahéliens. En acceptant de livrer Sandaogo Damiba, Lomé envoie un signal de coopération au régime d’Ibrahim Traoré, tout en cherchant à préserver son image de partenaire fiable dans une région traversée par des tensions croissantes.

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L’ancien chef de la transition n’en est pas à sa première mise en cause. Dès septembre 2024, il avait déjà été désigné par les autorités burkinabè comme l’un des cerveaux d’un complot visant à renverser le pouvoir en place. Son retour forcé à Ouagadougou ouvre désormais la voie à des poursuites pour haute trahison et atteinte à la sûreté de l’État, des chefs d’accusation particulièrement lourds dans un contexte où le Burkina Faso a engagé une réforme de son Code pénal prévoyant un durcissement significatif des sanctions.

Au-delà du cas Sandaogo Damiba, cette affaire met en lumière la recomposition silencieuse des solidarités et des rapports de force en Afrique de l’Ouest. Entre impératifs de stabilité, pressions politiques et logiques de sécurité, l’exil n’apparaît plus comme une protection durable pour les anciens dirigeants déchus du Sahel.

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