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Demande de visa : Trump réclame 15000 $ aux togolais

Didier ASSOGBA
4 Min Read

Les togolais peuvent introduire de demande de visa pour les Etats-Unis. Le Togo n’est plus frappé d’une interdiction totale d’entrée sur le territoire américain, comme cela avait été annoncé dans le cadre des restrictions migratoires décidées par le président Donald Trump. Mais cette sortie de la « liste rouge » ne signifie en rien un retour à la normale. Lomé figure désormais sur une « liste orange », régime intermédiaire qui, sous couvert de contrôle administratif, instaure de nouvelles formes de sélection sociale et politique des mobilités africaines.

Depuis le début de l’année 2026, le département d’État américain applique en effet une catégorisation différenciée des pays africains. La liste rouge correspond à une interdiction pure et simple d’entrée aux États-Unis. La liste orange, à laquelle appartient désormais le Togo, autorise en théorie la délivrance de visas, mais à des conditions drastiques, notamment financières. Les ressortissants togolais peuvent ainsi déposer une demande de visa, à condition de s’acquitter d’une caution de 15 000 dollars – soit plus de huit millions de francs CFA –, destinée à garantir leur retour au pays à l’expiration du séjour.

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Ce mécanisme de Donald Trump, présenté par Washington comme un outil de lutte contre l’immigration irrégulière, introduit de fait un filtrage par l’argent. Il réserve l’accès au territoire américain à une minorité de candidats disposant de ressources financières importantes, excluant la majorité des étudiants, chercheurs, artistes ou entrepreneurs issus des classes moyennes et populaires. La mobilité internationale, déjà inégalement répartie, devient ainsi un privilège conditionné à la solvabilité.

Le cas togolais illustre une évolution plus large des politiques migratoires américaines à l’égard de l’Afrique. Depuis le 1er janvier 2026, cinq nouveaux pays africains ont été ajoutés à la liste orange. Au total, le continent compte désormais 20 États soumis à des restrictions partielles et 12 frappés d’une interdiction totale d’entrée aux États-Unis. Cette cartographie sécuritaire, mouvante et largement unilatérale, repose sur des critères souvent opaques mêlant considérations migratoires, sécuritaires et diplomatiques.

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Derrière le langage technocratique des listes et des cautions se dessine une conception hiérarchisée du monde, où la circulation des personnes est pensée comme un risque à contenir plutôt que comme un droit à organiser. En distinguant les « pays sûrs » des autres, Washington externalise ses frontières et impose aux États africains le coût politique et social de décisions prises ailleurs.

Pour le Togo, la sortie de la liste rouge et la possibilité de demande de visa permettent d’éviter la rupture symbolique que constitue une interdiction totale. Mais elle ne dissipe ni le sentiment de stigmatisation, ni les effets concrets d’une politique qui transforme le visa en instrument de dissuasion. Dans ce nouveau régime de mobilité conditionnelle, l’accès aux États-Unis n’est plus interdit aux Togolais ; il est simplement rendu hors de portée pour la plupart d’entre eux.

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