En visite officielle en Chine, le Président du Conseil, Faure Gnassingbé plaide pour un approfondissement de la coopération sino-togolaise autour de la sécurité maritime, de l’économie bleue et de la transformation des capacités portuaires. Il veut voir le Togo dépasser son rôle de plateforme de transit pour capter davantage de valeur sur les chaînes logistiques et industrielles.
Le Togo veut franchir une nouvelle étape dans sa stratégie maritime. En séjour officiel à Xiamen, en Chine, le Président du Conseil, Faure Gnassingbé a exposé, le 11 octobre, devant des médias chinois, les priorités de Lomé en matière de sécurité maritime, d’économie bleue et de développement portuaire.
Son ambition affichée dépasse la seule croissance du trafic au port de Lomé. Le chef du gouvernement togolais souhaite faire évoluer le pays d’un statut de plateforme essentiellement tournée vers le transit vers celui d’un acteur économique, technologique et institutionnel davantage intégré aux chaînes de valeur.
De la sécurité maritime à la sécurité économique
Faure Gnassingbé a articulé cette ambition autour de trois axes. Le premier concerne la sécurité maritime dans le golfe de Guinée, avec trois priorités : garantir la liberté de navigation, prévenir les trafics illicites et protéger les espaces maritimes.
Dans ce domaine, le Président du Conseil estime que la Chine, compte tenu de son poids dans le commerce mondial, peut contribuer au renforcement des capacités des pays africains.
Mais pour Lomé, la sécurité maritime ne peut être dissociée des enjeux économiques. Les perturbations observées sur les grandes routes maritimes mondiales ont, selon Faure Gnassingbé, des répercussions directes sur les économies africaines à travers le coût du transport, le prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement.
« Capter plus de valeur » autour du port de Lomé
Le deuxième axe porte précisément sur la transformation économique des infrastructures portuaires. Le Togo dispose, selon le Président du Conseil, d’un port à conteneurs occupant une position de premier plan en Afrique de l’Ouest. Mais l’enjeu ne serait plus simplement d’accroître les volumes de marchandises qui transitent par Lomé.
« Ce que nous voulons, ce n’est pas d’augmenter le trafic ou bien les marchandises qui passent par notre port, mais de capter plus de valeur, créer une valeur ajoutée », explique-t-il dans l’entretien.
Cette orientation suppose, selon lui, de développer autour du port des zones industrielles, des services logistiques performants, une main-d’œuvre qualifiée et un tissu d’entreprises locales capables de participer davantage à la dynamique économique.
Sur ce terrain, le modèle chinois est présenté comme une source d’inspiration. Faure Gnassingbé évoque notamment l’articulation entre les infrastructures portuaires, les parcs industriels, les zones industrielles et les écosystèmes productifs développés en Chine.
L’économie bleue comme enjeu de souveraineté technologique
Le troisième axe concerne l’économie bleue. Pour le Président du Conseil, l’accès aux ressources marines ne suffit pas : les pays africains doivent également disposer des connaissances et des technologies nécessaires pour participer à la gouvernance mondiale des océans.
Il insiste ainsi sur la nécessité de renforcer les compétences africaines dans les sciences marines, les technologies et la recherche. Dans cette perspective, la coopération avec la Chine pourrait porter notamment sur la formation de spécialistes et le partage de données.
Cette question prend une dimension particulière avec l’Accord sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, dit Accord BBNJ.
Xiamen, un possible point d’appui pour l’Afrique
Interrogé sur la candidature de Xiamen pour accueillir le Secrétariat de l’Accord BBNJ, Faure Gnassingbé a estimé que la ville chinoise disposait de plusieurs atouts : tradition maritime, infrastructures, capacités de recherche et expérience dans les domaines portuaire, technologique et environnemental.
Mais, au-delà du choix de la ville hôte, le Président du Conseil place au centre la capacité de cette future structure à permettre aux pays en développement de participer effectivement à la gouvernance des océans.
Pour les pays africains, les écarts de capacités restent importants, notamment en matière de recherche océanographique, d’accès aux données et de maîtrise des sciences marines. Faure Gnassingbé plaide dès lors pour davantage de partenariats entre institutions de recherche chinoises et africaines, ainsi que pour le développement de centres de recherche, le partage des données et une répartition équitable des bénéfices liés aux ressources génétiques marines.
Produire des connaissances pour peser dans les décisions
Le Togo, qui a signé et ratifié l’Accord BBNJ, entend désormais renforcer sa capacité à participer à sa mise en œuvre. Pour Lomé, la représentation des pays en développement dans les institutions internationales doit aller de pair avec leur capacité à produire des connaissances, accéder aux données et participer aux décisions.
Cette approche rejoint la volonté plus large exprimée par Faure Gnassingbé de voir le Togo et les autres pays africains passer d’une position essentiellement liée au transit à un rôle plus important dans les chaînes économiques, technologiques et institutionnelles mondiales.
À Xiamen, le Président du Conseil s’est enfin montré optimiste quant aux chances de la ville chinoise d’accueillir le Secrétariat du BBNJ, mettant en avant son accessibilité et ses infrastructures.
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