À Lomé, le ton était à la fois solennel et pédagogique. Le 14 avril 2026, le président de la Cour suprême, Abdoulaye Yaya, a reçu les auditeurs de justice de la promotion 2023-2025, baptisée « Koffi Atsu Amégah ». La séance d’échanges s’est rapidement muée en véritable leçon inaugurale sur l’éthique judiciaire.
Au total, 28 futurs magistrats — dont 23 civils et 5 militaires — sont venus se présenter au président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), au terme de deux années de formation au Centre de Formation des Professions de Justice (CFPJ). Une formation exigeante, mêlant maîtrise technique du droit, apprentissage de la rédaction juridictionnelle et immersion dans les réalités sociales du pays.
Mais au-delà des compétences académiques, c’est sur le terrain des valeurs que le chef de la haute juridiction a choisi d’insister.
Mise en garde d’Abdoulaye Yaya contre les dérives
Face à ces nouveaux magistrats appelés à incarner l’autorité judiciaire, Abdoulaye Yaya a tenu un discours sans détour. « Le magistrat est indépendant », a-t-il rappelé, avant d’énumérer les exigences qui en découlent : dignité, impartialité, discrétion. Des principes qu’il a présentés non comme des options, mais comme des obligations intrinsèques à la fonction.
Dans un contexte où la justice est régulièrement scrutée pour sa crédibilité, Abdoulaye Yaya a surtout insisté sur une frontière qu’il juge non négociable. Il s’agit de celle entre justice et intérêt personnel. « On ne rentre pas en justice pour s’enrichir », a-t-il martelé, mettant en garde contre les tentations liées au pouvoir et à l’argent.
Cette mise en garde vise explicitement les dérives qui minent parfois les systèmes judiciaires : corruption, marchandisation des décisions ou instrumentalisation de la loi. Pour le président de la Cour suprême, céder à ces pratiques reviendrait à trahir la vocation même du magistrat.
Le métier de juge, un sacerdoce
Dans une formule forte, Abdoulaye Yaya a comparé la magistrature à un sacerdoce, au même titre que les fonctions de prêtre ou de soldat. Une analogie lourde de sens. En effet, rendre la justice implique un engagement total, au service de la société, souvent au détriment des intérêts personnels.
« L’intellect est différent du moral », a-t-il prévenu, rappelant que la compétence technique ne suffit pas à faire un bon juge. La véritable richesse du magistrat, a-t-il insisté, réside dans une « conscience tranquille », fruit de décisions rendues en toute probité.
Dans cette perspective, il a exhorté les nouveaux magistrats à résister à « l’ivresse du pouvoir » et aux attraits de la vie mondaine, perçus comme des facteurs de dérive. Il les a également appelés à faire preuve d’humilité, notamment dans leur rapport au justiciable, qu’il soit prévenu ou plaignant.
Une responsabilité au cœur de la stabilité sociale
Au-delà de la dimension morale, le président de la Cour suprême a replacé la fonction de magistrat dans son rôle stratégique. Pour Abdoulaye Yaya, le magistrat est le garant de la paix sociale. « Le juge mène une guerre en temps de paix », a-t-il affirmé, soulignant que chaque décision judiciaire participe à l’équilibre de la société.
Dans un Togo confronté à des enjeux multiples notamment fonciers, politiques, et sociaux, cette responsabilité prend une dimension particulière. Le magistrat, en tranchant les litiges, devient un acteur central de la cohésion nationale.
Enfin, Abdoulaye Yaya a invité les jeunes auditeurs de justice à s’inspirer de la figure de feu Koffi Atsu Amégah, dont la promotion porte le nom. Ancien haut magistrat togolais, ce dernier incarne, aux yeux de l’institution, un modèle d’intégrité et de rigueur.
A l’heure d’entrer dans la carrière, ces nouveaux magistrats sont appelés à perpétuer une justice exigeante, incorruptible et tournée vers l’intérêt général.
Dans un contexte où la confiance dans les institutions reste un enjeu majeur, le message délivré Par Abdoulaye Yaya dépasse le simple cadre d’une rencontre protocolaire. Il trace, en filigrane, les contours d’une magistrature que les autorités souhaitent exemplaire et dont les nouveaux entrants seront, désormais, les visages.
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