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Afrique/Santé mentale : Comment la Bluemind Foundation veut changer d’échelle

Didier ASSOGBA
7 Min Read

La santé mentale reste l’un des angles morts des politiques publiques africaines. Pourtant, la pression démographique et les transformations sociales du continent imposent progressivement ce sujet dans le débat public. À la croisée de l’innovation sociale et de la santé publique, la Bluemind Foundation tente d’apporter une réponse structurée à ce défi.

Samedi, lors d’une conférence de presse virtuelle réunissant des médias du Togo et du Cameroun, sa présidente fondatrice, Marie-Alix De Putter, est revenue sur plusieurs avancées majeures. D’abord, son admission au programme Africa Accelerator de Praxis, le partenariat noué avec l’émission humanitaire internationale The Fixers et le déploiement du programme communautaire Heal by Hair.

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Reconnaissance internationale pour un modèle africain

L’intégration de la Bluemind Foundation à l’Africa Accelerator de Praxis marque une étape stratégique pour l’organisation. Ce programme international accompagne des fondateurs engagés dans la construction d’initiatives à fort impact sociétal, en les aidant à structurer leur gouvernance et leur modèle de financement.

Pour Marie-Alix De Putter, cette sélection vient consacrer plusieurs années d’expérimentation et de terrain. Franco-camerounaise, elle défend depuis longtemps une idée devenue centrale dans son approche. Pour elle, la santé mentale ne relève pas uniquement de la sphère médicale, mais constitue une infrastructure sociale, culturelle et politique.

Dans cette perspective, la Bluemind Foundation a développé un modèle communautaire inédit, déployé notamment au Togo, au Cameroun et en Côte d’Ivoire. L’objectif est de déplacer l’accès au soin vers des espaces de confiance déjà existants, tout en construisant des passerelles avec les systèmes publics de santé.

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« L’intégration au programme Praxis constitue une reconnaissance internationale du modèle développé par la Bluemind Foundation. Elle nous permettra de consolider notre architecture de gouvernance et d’approfondir les mécanismes de financement durable », explique la fondatrice.

Heal by Hair : l’ingénierie sociale du quotidien

Au cœur de cette stratégie figure le programme Heal by Hair, sans doute l’initiative la plus emblématique de la fondation. Le principe est simple : former des coiffeuses à devenir des ambassadrices de santé mentale.

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Dans les salons de coiffure, lieux de sociabilité très fréquentés par les femmes et les jeunes, ces professionnelles sont formées à repérer les signes précoces de détresse psychologique, à orienter vers des dispositifs d’aide et à briser les tabous autour du bien-être mental.

Depuis son lancement, 921 coiffeuses ont été formées dans trois pays, permettant de toucher des centaines de milliers de femmes et de jeunes. Au total, plus de 300 000 bénéficiaires ont déjà reçu un soutien précoce, tandis que les campagnes publiques de sensibilisation ont atteint plus de 350 millions de personnes.

Le programme fait aujourd’hui l’objet d’une étude scientifique randomisée de grande ampleur au Togo, soutenue par le Fonds d’innovation pour le développement. Un projet qui positionne le pays comme un laboratoire d’expérimentation pour les approches communautaires en santé mentale.

L’Afrique face à l’urgence de la santé mentale

L’enjeu est d’autant plus crucial que le continent entre dans une transition démographique sans précédent. Selon la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, l’Afrique comptera près de 850 millions de jeunes de moins de 25 ans d’ici 2050.

Or, la moitié des troubles de santé mentale apparaissent avant l’âge de 14 ans, tandis que la majorité des cas restent non diagnostiqués et non traités, selon l’Organisation mondiale de la santé. À l’échelle mondiale, près de 90 % des suicides d’adolescents surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

Au Togo, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, plusieurs millions de jeunes présentent un risque significatif de détresse psychologique ou de conduites addictives, alors même que la dépense moyenne en santé mentale reste inférieure à 0,5 dollar par habitant. Dans ce contexte, la prévention du suicide et des addictions devient un enjeu majeur de santé publique, mais aussi de stabilité sociale et de développement.

Un centre d’écoute pour la jeunesse francophone

Pour renforcer son dispositif, la Bluemind Foundation a récemment accueilli au Togo les équipes de l’émission humanitaire internationale The Fixers, diffusée sur la chaîne américaine BYUtv. Cette collaboration a permis la rénovation et l’équipement d’un espace stratégique destiné à accueillir un centre d’écoute gratuit pour la jeunesse africaine francophone, accessible par téléphone et par chat, 24 heures sur 24.

Le site abrite également le premier Heal by Hair Lab, ainsi que des espaces de formation et de coordination opérationnelle. Ce centre constitue désormais une infrastructure clé de l’écosystème Bluemind. Il doit permettre aux jeunes d’accéder à une écoute confidentielle et sécurisée, tout en étant orientés vers des professionnels de santé lorsque cela est nécessaire.

Le Togo, vitrine d’une innovation sociale

Le tournage de The Fixers marque par ailleurs une première pour le Togo et pour l’Afrique de l’Ouest francophone. L’émission met en lumière une initiative nationale structurée autour de la prévention du suicide et des addictions chez les jeunes. Au-delà de sa diffusion internationale, ce partenariat contribue à positionner le pays comme un acteur émergent dans le domaine de l’innovation sociale en santé mentale.

Lors de l’avant-première de l’épisode, organisée au siège de la fondation, ambassadrices Heal by Hair, bénéficiaires et partenaires institutionnels ont témoigné de l’ancrage territorial du programme. Pour Marie-Alix De Putter, l’enjeu dépasse désormais le cadre associatif. La santé mentale doit devenir une priorité politique et budgétaire. « La santé mentale, c’est la santé. Elle est une infrastructure invisible du développement », affirme-t-elle.

À mesure que la Bluemind Foundation élargit son réseau de partenaires notamment avec des universités, des gouvernements et des institutions internationales, l’ambition est de transformer une innovation sociale locale en modèle reproductible à l’échelle du continent.

Dans une Afrique où la jeunesse représente à la fois un potentiel immense et un défi majeur, la bataille pour le bien-être mental pourrait bien devenir l’un des chantiers les plus déterminants des prochaines décennies.

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