Au Togo, l’inspecteur de l’Éducation nationale à la retraite Jean Siwanou Tokinlo-Amouzouvi tire la sonnette d’alarme : la frénésie de lotissements et de ventes de terres agricoles menace directement la sécurité alimentaire et l’avenir des générations futures. Dans une tribune au ton d’alerte rouge, il dénonce un « suicide collectif » et appelle à une véritable politique de gestion des terres, portée par une Assemblée nationale représentative, pour préserver les terres cultivables et anticiper les défis démographiques à venir. Lecture !
Avons-nous conscience, en Afrique et particulièrement au Togo, que nous gaspillons nos terres, et que ce gaspillage risque de nous coûter très cher dans l’avenir ? Le monde est scientifique, la nature est scientifique, et nous devons la vivre scientifiquement. C’est en vivant scientifiquement que l’on identifie, ou même que l’on anticipe les problèmes inhérents à l’existence sur Terre.
Généralement, lorsqu’on évoque le concept de sciences, l’idée s’envole vers les grandes découvertes et les inventions technologiques. Mais il y en a plus : la gestion de l’environnement et, en premier lieu, de la terre, socle de la vie humaine.
Dans les pays occidentaux, les politiques foncières limitent le gaspillage. Les villages, villes et fermes restent confinés dans leurs frontières d’origine, et les terres cultivables sont strictement protégées pour l’agriculture, les forêts ou les pâturages. Les habitats y sont regroupés, les fermes conçues uniquement pour la production.
En France ou en Belgique, un survol aérien permet déjà de constater cette organisation millimétrée, qui n’est pas le fruit du hasard mais d’une stratégie réfléchie.
Le paradoxe africain : terres bradées, paysans dépossédés
En Afrique, et particulièrement au Togo, le schéma est inversé. La vente libre des terres est devenue une pratique répandue : les villageois lotissent et bradent leurs champs, souvent pour acquérir des biens de consommation immédiats, comme une moto utilisée pour le transport urbain.
Résultat : les paysans se retrouvent dépossédés, et les champs disparaissent au profit de parcelles clôturées par des nantis de la ville qui n’en font aucun usage immédiat.
Dans un pays où 80 % de la population vit encore de l’agriculture, cette logique engendre une raréfaction artificielle des terres agricoles. Les jeunes héritiers de domaines familiaux se retrouvent, demain, sans possibilité de cultiver ni de transmettre un patrimoine agricole à leurs enfants.
Cette dynamique accélère l’exode rural et pose une menace directe à la sécurité alimentaire. Quand les champs disparaissent, les produits vivriers se raréfient et les prix flambent. À terme, seule une minorité nantie pourra encore se nourrir correctement.
Comme le rappelle l’adage : « C’est quand la campagne trouve à manger que la ville se rassasie. »
Des héritiers sans héritage ou le Suicide collectif
Le grand écrivain français Edmond About écrivait : « Nous sommes les héritiers de tous ceux qui sont morts, la providence de tous ceux qui naîtront. » Mais que laisserons-nous à nos enfants, si nous continuons à vendre nos terres comme de simples biens de consommation ?
La solution ne peut venir que d’une volonté politique. Une Assemblée nationale représentative et démocratique devrait initier des lois claires sur la gestion des terres et sur la préservation des espaces cultivables.
Un tel parlement, issu d’élections libres, devrait commander des études techniques régionales pour définir des conditions d’expropriation encadrée des terres inexploitées, afin que l’État en garantisse une utilisation productive.
À court terme, il est urgent de suspendre les lotissements et ventes anarchiques de terres dans les villages et zones rurales. Le foncier doit être géré avec une vision de long terme.
Nous ne serons meilleurs et plus heureux que nos devanciers que si nous faisons en sorte que notre progéniture soit meilleure et plus heureuse que nous. Gouverner, c’est prévoir. Préserver nos terres aujourd’hui, c’est assurer la survie de demain.
Par Jean Siwanou TOKINLO-AMOUZOUVI
Inspecteur de l’Education nationale à la retraite
Cliquez-ici pour nous rejoindre sur notre chaîne WhatsApp



