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Pegasus ressuscité : le logiciel espion israélien revient sous un nouveau nom

Didier ASSOGBA
4 Min Read

Il y a bientôt cinq ans, en juillet 2021, le monde découvrait avec effroi l’ampleur du scandale Pegasus. Une enquête menée par le consortium Forbidden Stories, en collaboration avec le Security Lab d’Amnesty International, révélait que près de 80 000 numéros de téléphone avaient été potentiellement ciblés par ce logiciel espion développé par la firme israélienne NSO Group. Si le scandale a fait du mal à l’entreprise, elle n’a pas disparu mais s’est métamorphosée et propose les services de Pegasus désormais sous de nouveaux noms.

Capable de s’installer à distance, sans la moindre interaction de la victime, Pegasus prenait le contrôle total des appareils — messages, appels, photos, géolocalisation, micro, caméra — transformant les smartphones en outils de surveillance permanente.

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Une renaissance discrète, mais familière

La révélation avait provoqué un séisme diplomatique. Des chefs d’État, des journalistes, des militants des droits humains, des avocats… Tous figuraient sur des listes de cibles potentielles. Face à la pression internationale, NSO Group avait subi de lourdes sanctions : inscription sur la liste noire du département américain du Commerce, condamnation à verser 4 millions d’euros à Meta (alors Facebook), et une perte massive de crédibilité sur les marchés occidentaux.

En novembre 2025, une nouvelle entité émergeait dans l’écosystème technologique israélien. Il s’agit de Bold Analytics. Officiellement spécialisée dans « l’analyse de données de masse », cette start-up affiche une ambition anodine. Pourtant, derrière cette façade se cache une réalité troublante. Selon l’enquête menée par Online Intelligence, 19 des 25 employés de Bold Analytics sont d’anciens cadres ou ingénieurs de NSO Group. À sa tête, Schlomi Fogel, milliardaire de l’immobilier et proche du Premier ministre israélien, connu pour ses liens étroits avec les cercles du renseignement.

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Le changement de nom ne semble guère avoir altéré la philosophie de l’entreprise. Depuis au moins deux ans, Bold Analytics commercialise discrètement deux nouveaux logiciels de surveillance : Robin et Tucan. Et leurs clients ? Principalement des régimes africains notamment le Sénégal, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la République démocratique du Congo, …

Bold Analytics avec les capacités de Pegasus… en Afrique

Ces outils, présentés comme des solutions de « cybersécurité » ou de « lutte contre le terrorisme », permettent en réalité de reproduire les capacités de Pegasus que sont l’infiltration silencieuse, l’extraction de données en temps réel, l’activation à distance des capteurs. Le tout, sans laisser de trace détectable par les utilisateurs.

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Dans des pays où la liberté de la presse est déjà fragile, ces technologies offrent aux pouvoirs en place des moyens redoutables pour surveiller, intimider, voire neutraliser opposants politiques, défenseurs des droits humains et journalistes indépendants. Au Sénégal, par exemple, plusieurs reporters ont rapporté des anomalies techniques suspectes sur leurs téléphones depuis fin 2024. Au Cameroun, des activistes anglophones disent avoir été suivis après des communications cryptées.

Au Togo, les journalistes Ferdinand Ayité, Loïc Lawson et Anani Sossou avaient été espionnés. Sans oublier plusieurs hommes politiques et acteurs de la société civile.

Le cas de Bold Analytics illustre une tendance inquiétante consistant en la privatisation de la surveillance d’État. Les entreprises de cybersurveillance, souvent issues de l’industrie de la défense ou du renseignement, se reconvertissent, changent de nom, mais conservent leurs réseaux, leurs compétences… et leurs pratiques.

Pendant ce temps, en Afrique, Robin — le nouveau Pegasus — continue de circuler. Invisible, omnipotent, et toujours aussi dangereux pour les voix critiques.

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