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Pascal Tigri : Voici comment Cotonou a laissé filer l’officier qu’il recherche désormais

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Colonel Pascal Tigri

Les révélations faites par Patrice Talon lui-même jeudi 18 décembre, lors de sa rencontre avec la presse à Cotonou, ont relancé un débat sensible au Bénin. Dans quelles circonstances réelles Pascal Tigri et les auteurs présumés de la tentative de coup d’État du 7 décembre ont-ils quitté Cotonou ? Car derrière le récit officiel d’une mutinerie rapidement maîtrisée, les mots du chef de l’État béninois suggèrent une autre lecture, plus troublante et qui explique certainement l’intervention militaire nigériane et l’appui français.

Le président béninois a reconnu publiquement que des contacts téléphoniques avaient eu lieu avec Pascal Tigri au cœur de la crise du 7 décembre. « Nous lui avons dit : “c’est de la folie ce que tu fais” », a-t-il relaté, avant d’ajouter que l’officier avait demandé de ne pas être bombardé. Cette précision, loin d’être anodine, laisse entendre que l’option militaire la plus radicale, qui devait déboucher sur une neutralisation immédiate par la force, a été volontairement écartée.

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Discussions avec les mutins

Plus encore, Patrice Talon a décrit avec un certain détail les conditions de la fuite de l’officier supérieur et ses hommes. Des mutins ont en effet quitté le camp qu’ils occupaient « en civil », certains à moto, d’autres en voiture. Pascal Tigri lui-même aurait quitté le camp de Togbin sans uniforme, sans être intercepté, d’après Patrice Talon. Un enchaînement de faits qui pose une question centrale. Comment, dans un contexte présenté comme une atteinte grave à la sûreté de l’État, les principaux instigateurs ont-ils pu se volatiliser aussi aisément ?

Officiellement, le président affirme que la situation a été maîtrisée grâce à la loyauté de l’armée et à la réaction rapide des casernes. Mais cette version cohabite difficilement avec l’idée d’une fuite quasi organisée, ou du moins tolérée. En reconnaissant un dialogue avec le chef des mutins et en confirmant qu’aucune action n’a été menée contre eux, le pouvoir donne le sentiment d’avoir privilégié une sortie de crise négociée, au détriment d’une arrestation immédiate.

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Si on peut croire que cette retenue peut s’expliquer par la crainte d’un bain de sang ou d’une escalade incontrôlée, elle peut aussi traduire une réalité selon laquelle les putschistes avaient le dessus en un moment donné et qu’ils avaient la possibilité de faire sur le territoire béninois, ce qu’ils voulaient. La preuve en est que n’eut été l’intervention de l’armée nigériane et le concours des forces spéciales françaises (contre revendiqué par Paris), Patrice Talon aurait certainement perdu le pouvoir.

Pascal Tigri au contrôle pour un temps ?

Mais les déclarations de Patrice Talon nourrissent surtout le soupçon d’un laisser-faire assumé, voire calculé. Laisser partir les putschistes pour mieux désamorcer la crise, quitte à reporter la question de leur responsabilité à plus tard, via des demandes d’extradition.

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Le chef de l’État a beau qualifier les auteurs de « voyous » et de « petits terroristes », ses propres déclarations dessinent une gestion prudente, presque conciliante, de l’événement. En refusant par ailleurs de parler de coup d’État et en niant toute lecture politique, Patrice Talon semble vouloir réduire l’épisode à une dérive marginale, sans portée structurelle. Une stratégie de minimisation qui contraste avec la gravité des faits. Outre les bombardements de l’armée nigériane et l’appui de la France, la CEDEAO a dû dépêcher sa force en attente pour protéger les institutions au Bénin.

A présent, plusieurs analystes se posent une question fondamentale : Un pouvoir sûr de lui et maître de son appareil sécuritaire pouvait-il réellement laisser partir Pascal Tigri et les autres mutins ? À écouter le président Talon, la réponse paraît moins évidente qu’il ne le prétend. Car si l’on savait où se trouvaient les ennemis du Bénin et qu’on avait la capacité de les arrêter cela aurait été fait. Mais laisser échapper des militaires après avoir discuter avec eux n’est certainement pas le fruit du hasard. L’évasion de Pascal Tigri et de ses hommes s’apparente au résultat d’un choix politique délibéré.

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