Anid

OOAS : Mobilisation pour ‘Une Seule Santé’ à Cotonou

Togo Breaking News
5 Min Read

À l’heure où les épidémies franchissent les frontières à la vitesse des flux commerciaux et numériques, la CEDEAO tente d’anticiper plutôt que de subir avec l’approche Une Seule Santé. Réunis du 23 au 27 février 2026 à Cotonou, sous l’égide de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) et du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies de la CEDEAO, les directeurs nationaux en charge de la surveillance de la santé humaine, animale et environnementale entendent franchir un cap. Ils réfléchissent à bâtir un système intégré d’alerte précoce.

Autour de la table, des représentants des États membres, des experts régionaux et des partenaires techniques et financiers dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa CDC), la GIZ et l’Institut Pasteur de Dakar. Ces derniers appuient une ambition stratégique du renforcement de la sécurité sanitaire collective face à des menaces transfrontalières de plus en plus complexes.

- Advertisement -

Interopérabilité et souveraineté des données

Dans son discours d’ouverture, le Dr Diarrassouba Mamadou, directeur exécutif du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies de la CEDEAO, a posé les jalons. La surveillance intégrée, a-t-il rappelé, « est essentielle pour préserver la santé de nos populations, la santé animale et la qualité de nos écosystèmes ».

Des progrès sont déjà revendiqués. La mise en place d’une plateforme régionale basée sur DHIS2, l’automatisation du transfert de données dans plusieurs États membres et le développement d’outils numériques comme ECOAlert constituent, selon lui, « une base solide ». Mais l’architecture reste inachevée. Les défis d’interopérabilité entre systèmes nationaux, l’intégration complète des indicateurs animaux et environnementaux et, surtout, la pérennité financière et technique des dispositifs demeurent des points de friction.

L’objectif affiché de l’atelier est de consolider le réseau régional, actualiser la liste des maladies prioritaires, définir une architecture numérique harmonisée et co-construire une feuille de route opérationnelle. Autrement dit, passer d’une juxtaposition d’initiatives à un véritable système régional intégré.

- Advertisement -

Approche Une seule Santé ou refonte des politiques sanitaires

Les rappels aux crises récentes – Ebola, choléra, Mpox – ont rythmé les interventions. Pour Dr Françoise Sibylle Assavedo, représentant le ministre béninois de la Santé, ces épisodes illustrent la vulnérabilité d’États confrontés à des agents pathogènes circulant entre humains, animaux et environnements dégradés.

« Dans un monde où un virus peut traverser un continent plus vite qu’un message officiel, notre réponse ne peut être fragmentée », a-t-elle insisté. L’approche « Une Seule Santé » – qui articule santé humaine, animale et environnementale – est présentée non comme un slogan, mais comme une refonte conceptuelle des politiques sanitaires.

- Advertisement -

Derrière la rhétorique, un enjeu de souveraineté. « La surveillance n’est pas seulement une fonction technique, elle est un acte de souveraineté », a-t-elle affirmé, appelant à harmoniser les protocoles, formaliser les responsabilités et adopter une liste révisée de maladies prioritaires à l’échelle régionale.

Le pari du numérique de la CEDEAO

Pour Africa CDC, la transformation digitale constitue le levier principal. Représentant le Centre régional de coordination de l’Ouest, Maryam Ibrahim Buba a plaidé pour une Afrique de l’Ouest « numériquement connectée », capable de décisions rapides et fondées sur des données fiables.

La promesse avec l’approche Une Seule Santé est de parvenir à une détection précoce, à l’analyse en temps réel, et la meilleure allocation des ressources. Mais elle suppose des infrastructures robustes, des ressources humaines formées et une gouvernance des données clarifiée. Dans des contextes budgétaires contraints, la dépendance aux partenaires extérieurs pose aussi la question de l’autonomie à long terme.

Au-delà des déclarations, l’atelier de Cotonou se veut pragmatique avec des sessions techniques, travaux de co-construction, discussions sur l’architecture des systèmes et la durabilité financière. L’enjeu est d’aboutir à des engagements opérationnels, susceptibles d’être traduits dans les plans nationaux.

Dans une CEDEAO confrontée simultanément aux défis sécuritaires au Sahel, aux pressions climatiques et à l’urbanisation accélérée, la santé publique s’impose comme un pilier de stabilité. La surveillance intégrée devient ainsi un outil de prévention, mais aussi un instrument politique.

Rejoignez-nous sur notre chaîne WhatsApp pour plus de détails

TAGGED:
Share This Article