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Luc Russel Adjaho : le pasteur qui voulait ‘zioniser’ le Togo retourne à Zion

Didier ASSOGBA
4 Min Read
Dr Luc Russel Adjaho


Alors que les rumeurs de sa mort avaient circulé en avril 2025, démenties avec fermeté par l’intéressé lui-même, Luc Russel Adjaho s’est éteint dans la nuit du 4 au 5 février 2026 à Lomé. À sa disparition, c’est moins un homme politique qu’un architecte discret de l’espace public togolais qui quitte la scène : celui qui, entre le marteau de l’huissier et la Bible du pasteur, a su tisser un réseau d’influence où le sacré épousait l’audiovisuel, et la prière côtoyait le droit.

Né dans les années 1950 au Togo — une époque où l’Église catholique et les cultes traditionnels dominaient le paysage spirituel —, Adjaho incarna une génération de leaders évangéliques qui, dès les années 1990, transformèrent la foi en entreprise sociale. Huissier de justice de formation, il ne choisit jamais entre la toge et la chaire mais les superposa. Dans son cabinet d’huissier comme dans son église « Zion-To » (Église de Dieu et de la Prophétie), les mêmes principes régnaient — ordre, discipline, et une certaine idée de l’autorité divine relayée par des structures terrestres impeccables.

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Son génie résida dans la médiation. Alors que d’autres pasteurs se contentaient des bancs d’église, Adjaho investit les ondes. Il lança une radio-télévision confessionnelle qui ne se limita pas aux cantiques et aux prêches. Sur la RTV Zion, il y ajouta des traductions humoristiques de films nigérians, des émissions de conseils conjugaux, des débats sociétaux filtrés par le prisme biblique. Une stratégie qui, dans un pays où 70 % de la population a moins de 35 ans, permit à « Zion-To » de devenir une marque — presque un label de modernité chrétienne.

Luc Russel Adjaho, entre la toge et la chair

Cette hybridation suscita bien des interrogations. Comment un auxiliaire de justice, garant de l’État de droit, pouvait-il simultanément diriger une communauté où la prophétie et les guérisons miraculeuses tenaient lieu de boussole ? Luc Russel Adjaho ne voyait là aucune contradiction : « Le droit protège le corps social, la prière en guérit l’âme », aimait-il à répéter. Une formule qui résumait son projet visant à christianiser sans exclure, évangéliser sans heurter, et surtout, construire un contre-pouvoir spirituel capable de dialoguer avec les institutions séculières.

Sa mort intervient à un moment charnière pour le Togo, où l’influence des Églises évangéliques ne cesse de croître — notamment dans les périphéries urbaines de Lomé, bastions de « Zion-To ». Luc Russel Adjaho laisse derrière lui une structure médiatique solide, une communauté fidèle.

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Luc-Russel Adjaho ne fut ni un chef d’État ni un opposant historique. Mais en bâtissant, pierre après pierre, un empire spirituel ancré dans le concret du quotidien togolais, il aura participé, à sa manière, à redessiner les contours de l’évangile au Togo.

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