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Assurance inclusive : A Lomé, l’Afrique veut passer du discours à la méthode

Didier ASSOGBA
5 Min Read

Du 25 au 27 mars prochains, la capitale togolaise accueillera la 11e édition de la Conférence régionale africaine sur l’assurance inclusive (CRAAI). Alors que la majorité des populations du continent restent exposées aux chocs climatiques et sanitaires sans filet de sécurité, les organisateurs promettent un tournant pragmatique. Il sera surtout question de faire de l’inclusion non plus un slogan, mais un modèle économique viable.

C’est un constat qui revient comme un leitmotiv dans les cénacles de la finance africaine. Le marché traditionnel de l’assurance a oublié une grande partie du continent. En mars 2026, Lomé tentera de corriger le tir. La 11e édition de la Conférence régionale africaine sur l’assurance inclusive (CRAAI) ne se veut pas énième forum de discussions, mais un laboratoire de solutions. Portée par le Microinsurance Network et les autorités togolaises, la rencontre se fixe un cap clair, résumé par une formule attribuée au chef du gouvernement togolais, Faure Gnassingbé, dans la documentation officielle : « L’inclusion ne sera pas un mot, mais une méthode. »

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L’Assurance inclusive, un droit à la résilience

Le paradigme a changé. Longtemps perçue sous l’angle de la charité ou de l’aide humanitaire, l’assurance inclusive est désormais revendiquée comme un « droit à la résilience ». Pour les organisateurs, il s’agit de protéger les ménages à faibles revenus et les acteurs du secteur informel, particulièrement vulnérables aux aléas économiques et climatiques.

« L’assurance inclusive n’est pas une charité », lit-on dans la documentation de l’événement. L’enjeu est de sécuriser les revenus, permettre aux petites activités économiques de survivre aux imprévus et, in fine, contribuer à un développement plus stable. La CRAAI 2026 se propose de réunir autour de cette table ronde régulateurs, assureurs historiques, fintechs et institutions publiques comme la CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances).

Le choix de Lomé n’est pas anodin. Situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Togo s’est positionné ces dernières années comme un hub financier agressif. Le gouvernement met en avant un taux d’utilisation des services financiers atteignant 87,1 % en 2023 dans la zone UEMOA. Un chiffre qui témoigne d’une volonté politique forte en matière d’inclusion financière.

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En accueillant cette conférence, le Togo souhaite s’affirmer comme un espace de concertation majeur sur les enjeux économiques, au même titre que les places financières plus établies. Pour les participants, c’est aussi l’opportunité d’étudier un cas d’école où l’État joue un rôle facilitateur entre le secteur privé et les populations vulnérables.

Technologie, Agriculture et Régulation : les chantiers prioritaires

Le programme de ces trois jours de travaux révèle les priorités du secteur. La technologie sera au cœur des débats, notamment lors d’une plénière intitulée « Technologie et distribution : qu’avons-nous appris ? ». Alors que l’intelligence artificielle et la digitalisation transforment la relation client, la question de la propriété des données et de la confiance se pose avec acuité. Qui contrôle la relation client lorsque les plateformes automatisées prennent le relais ?

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L’agriculture, secteur vital pour la sécurité alimentaire du continent, fera l’objet d’une attention particulière. Une session dédiée explorera comment intégrer l’assurance agricole dans les agendas de développement nationaux pour en garantir la durabilité. S’appuyant sur les données du PNUD, les experts chercheront à aligner politique, réglementation et financement pour protéger les agriculteurs contre les risques climatiques.

Enfin, le sujet épineux de la régulation sera abordé de front. Une plénière comparera le cadre CIMA à d’autres exemples africains jugés « réussis », avec pour ambition d’identifier les bonnes pratiques et les écueils à éviter. La question de l’assurance santé, et des services à valeur ajoutée comme la télémédecine, clôturera le cycle des discussions de fond.

Au-delà des panels, la CRAAI 2026 vise des résultats concrets. Les organisateurs parlent de « feuilles de route » et d’« action collective ». Il ne s’agit plus seulement de sensibiliser, mais de structurer des partenariats innovants entre assureurs, banques et microfinances.

Le grand défi sera de transformer cette dynamique régionale en protections tangibles pour des millions de citoyens. En effet, comme le suggère le slogan de l’édition 2026, « Construisons ensemble une assurance plus inclusive pour l’Afrique », la réussite de cette conférence se mesurera à l’aune des contrats signés et des politiques publiques adoptées dans les mois suivant la clôture des travaux.

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