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Ecobank : 2,6 milliards $ pour accélérer la transformation de l’Afrique

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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À Lomé, où Ecobank a son siège historique, la clôture des célébrations de son 40e anniversaire a pris des allures de lancement. Le groupe bancaire panafricain annonce 2,6 milliards de dollars de financements supplémentaires à mobiliser d’ici 2030, dont 2 milliards pour les entreprises dirigées par des femmes et 600 millions pour les filières agricoles. Une nouvelle étape qui place l’inclusion financière, l’agrobusiness et l’intégration commerciale au cœur de sa stratégie continentale.

L’heure n’était pas seulement au bilan, jeudi à Lomé. Pour Ecobank, la fin des célébrations de son 40e anniversaire devait surtout servir de point de départ. Après une année consacrée à son parcours depuis sa création en 1985, le groupe bancaire panafricain a dévoilé une feuille de route financière qui mobilisera 2,6 milliards de dollars d’ici 2030.

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Deux priorités structurent cette enveloppe : 2 milliards de dollars de crédits destinés aux entreprises dirigées par des femmes dans le cadre du programme Ellever et 600 millions de dollars pour les PME et les acteurs de la chaîne de valeur agricole.

Une annonce qui intervient depuis Lomé, berceau du groupe, et qui entend inscrire les prochaines années d’Ecobank dans les grands enjeux économiques du continent : accès au financement, industrialisation, sécurité alimentaire, digitalisation et développement du commerce intra-africain.

Des célébrations transformées en feuille de route

Pour Jeremy Awori, directeur général du Groupe Ecobank, la clôture des 40 ans ne constitue pas une simple séquence commémorative. Elle doit ouvrir un nouveau chapitre. « Nous ne profitons pas de la clôture de notre 40e anniversaire pour regarder en arrière, nous en faisons le tremplin stratégique du prochain chapitre économique de l’Afrique », a-t-il déclaré.

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Le groupe entend ainsi capitaliser sur quatre décennies de présence sur le continent pour renforcer son action dans ses 34 marchés africains.

Le raisonnement présenté par la direction est double. D’une part, le financement de l’économie africaine ne peut se limiter au soutien ponctuel des campagnes agricoles. D’autre part, l’accès au capital demeure un enjeu majeur pour les entreprises dirigées par des femmes.

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« Notre continent ne pourra ni s’industrialiser en se limitant au financement des récoltes, ni libérer tout son potentiel si les femmes restent privées d’un accès équitable au capital », souligne Jeremy Awori.

2 milliards de dollars pour Ellever

Le premier engagement porte sur le programme Ellever, initiative destinée aux femmes entrepreneures. Ecobank vise la constitution, à l’horizon 2030, d’un portefeuille de crédits de 2 milliards de dollars consacré aux entreprises dirigées par des femmes. Le groupe indique avoir déjà accompagné plus de 110 000 entreprises dirigées par une femme et ambitionne désormais de porter ce nombre à 400 000 PME.

L’objectif dépasse toutefois le seul crédit bancaire. La banque prévoit également d’accélérer la formation aux nouvelles technologies et à la bancarisation afin de faciliter l’accès au financement pour près d’un million de micro-entrepreneures.

Le dispositif doit notamment s’appuyer sur des crédits adaptés, partiellement garantis grâce à des partenariats avec des institutions de financement durable. Les secteurs ciblés comprennent notamment l’agrobusiness, l’éducation et la santé.

Cette orientation traduit une volonté de traiter simultanément deux contraintes rencontrées par les petites entreprises : l’accès au capital et la capacité à utiliser les outils financiers et numériques nécessaires à leur développement.

600 millions $ pour passer de la ferme à la table

Le deuxième volet de la stratégie concerne l’agriculture. Ecobank prévoit d’allouer 600 millions de dollars d’encours de crédits aux PME agricoles d’ici 2030. Mais la banque entend dépasser le traditionnel financement des campagnes agricoles pour intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Producteurs, agrégateurs, transformateurs, logisticiens, commerçants et exportateurs sont ainsi intégrés dans le périmètre annoncé.

L’ambition est de financer non seulement la production, mais également les activités qui permettent aux produits agricoles d’atteindre les marchés. Cette approche doit également intégrer l’agriculture résiliente au changement climatique, la digitalisation des flux financiers dans les zones rurales et le financement structuré du commerce.

À terme, l’objectif affiché est de contribuer à la constitution de marchés agricoles régionaux plus solides et de réduire la dépendance du continent aux importations alimentaires.

Le commerce régional comme accélérateur

Le financement ne constitue qu’un volet de cette nouvelle stratégie. Ecobank entend également s’appuyer sur ses infrastructures numériques pour rapprocher les entreprises africaines des marchés régionaux. Au cœur du dispositif figure l’Espace d’échanges commerciaux du Marché Unique d’Ecobank, une plateforme numérique qui interconnecte plus de 60 000 entreprises.

Associée aux solutions de paiement panafricaines du groupe, elle doit permettre aux entreprises, notamment aux femmes agri-entrepreneures et aux PME, d’accéder plus facilement à des acheteurs et fournisseurs situés dans d’autres pays africains. L’objectif est de favoriser les échanges transfrontaliers dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Pour Ecobank, le financement doit donc être couplé à l’accès au marché. Une PME agricole qui obtient un crédit doit aussi pouvoir trouver des débouchés, recevoir des paiements et commercer au-delà de son marché national.

Quatre leviers pour passer des annonces à l’exécution

La feuille de route annoncée à Lomé repose sur quatre axes. Le premier concerne le financement et le de-risking, avec une amplification des fonds de roulement et des prêts d’investissement adossés à des mécanismes de garantie d’institutions de financement du développement.

Le deuxième vise le commerce transfrontalier, avec l’intégration des producteurs et des entreprises dirigées par des femmes aux chaînes de valeur régionales via le Trade Hub. Le troisième porte sur la digitalisation des filières, notamment à travers des solutions de paiement, de collecte et de microcrédit destinées à formaliser les petites activités et à sécuriser les flux financiers. Enfin, le quatrième axe concerne le renforcement des capacités, avec des formations portant sur la gestion, l’accès à l’exportation, le leadership et les normes ESG.

L’enjeu, pour le groupe, sera désormais de transformer ces engagements financiers en crédits effectivement accessibles aux entreprises ciblées et en flux commerciaux supplémentaires entre les marchés africains.

40 ans après, un anniversaire tourné vers l’après

Cette nouvelle stratégie constitue aussi la conclusion d’une année de célébration du 40e anniversaire d’Ecobank. Depuis Lomé, le groupe a voulu faire de cette séquence un rappel de son identité panafricaine, mais aussi une occasion de définir les priorités de la prochaine décennie. Le bilan présenté à l’occasion de la clôture met ainsi en avant le développement du réseau du groupe, son implantation dans 34 marchés africains et les actions engagées en faveur de l’entrepreneuriat féminin et du financement des économies locales.

Mais l’annonce de Lomé déplace désormais le centre de gravité du discours : il ne s’agit plus seulement de mesurer le chemin parcouru depuis 40 ans, mais de définir les moyens financiers destinés à accompagner la prochaine phase du développement africain.

Avec 2,6 milliards de dollars annoncés d’ici 2030, Ecobank concentre donc ses nouveaux engagements sur deux secteurs où se croisent plusieurs priorités continentales : l’autonomisation économique des femmes et la transformation des systèmes agricoles.

Le choix de Lomé comme cadre de cette annonce revêt enfin une dimension particulière. C’est depuis la capitale togolaise qu’Ecobank a construit son identité de banque panafricaine et qu’il entend désormais poursuivre son projet à l’échelle du continent. Le groupe résume cette ambition autour d’une même vision : bâtir « une banque africaine, par des Africains » et contribuer au développement économique et à l’intégration du continent.

À l’issue de ses 40 ans, Ecobank ne referme donc pas seulement un chapitre historique. Il ouvre une nouvelle séquence, avec des montants désormais chiffrés, des secteurs prioritaires identifiés et une échéance fixée à 2030.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.