Pour le 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du Togo, le Président du Conseil Faure Gnassingbé a livré un discours-programme. Le chef du gouvernement togolais a appelé à une « indépendance exigeante », articulée autour d’une nouvelle feuille de route 2026-2031 structurée par trois mots d’ordre : Protéger, Rassembler, Transformer. Une vision qui place la souveraineté et la résilience au cœur du projet togolais, dans un monde « plus incertain, plus fragmenté et plus dangereux ».
L’indépendance comme « responsabilité permanente »
C’est un constat sans complaisance que dresse Faure Gnassingbé dans son adresse à la nation. « L’indépendance n’est pas un acquis. C’est une responsabilité permanente », martèle le Président du Conseil. Une phrase qui résume à elle seule la tonalité du discours. Il ambitionne de voir son pays passer d’une indépendance-symbole à une indépendance-action.
Pour le président du conseil, la souveraineté ne se décrète plus. Elle se mesure « à la solidité de nos institutions, à la vitalité de notre économie et à la cohésion de notre société ». Une indépendance « qui ne se proclame pas, mais qui se démontre tous les jours ».
Cette rhétorique de l’exigence n’est pas fortuite. Elle intervient dans un contexte régional marqué par l’instabilité sécuritaire au Sahel, les recompositions géopolitiques avec la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), et un environnement économique mondial « plus incertain, plus fragmenté et aussi plus dangereux ».
Souveraineté et résilience : les nouveaux maîtres-mots
Face à ces turbulences, Faure Gnassingbé pose un diagnostic clair : « La souveraineté n’est plus un principe abstrait. Elle est une nécessité. » Mais attention, précise-t-il : « La souveraineté ne signifie pas se fermer. Elle ne signifie pas s’isoler. Au contraire. Elle suppose d’être ouverts. Mais d’être ouverts avec lucidité. »
Cette souveraineté « lucide » se décline en plusieurs domaines prioritaires notamment la souveraineté alimentaire en réduisant les dépendances aux importations, la souveraineté énergétique pour sécuriser l’accès à l’électricité, la souveraineté numérique avec une maîtrise des infrastructures digitales, puis la résilience économique consistant à diversifier les sources de croissance et faire face aux chocs.
Une approche qui tranche avec les discours développementalistes classiques. Ici, il s’agit moins de croissance à tout prix que de capacité à « tenir debout » face aux tempêtes.
Protéger, Rassembler, Transformer
C’est le cœur battant du discours. Faure Gnassingbé dévoile les grandes lignes de la prochaine feuille de route gouvernementale, structurée autour de trois exigences qu’il qualifie de « principes concrets, opérationnels ».
D’abord, « Protéger, c’est le socle fondamental sans lequel aucune autre politique publique ne peut tenir », insiste le Président du Conseil. Cette protection s’entend à trois niveaux. Premièrement, la protection du territoire en garantissant la paix et la sécurité, notamment dans les zones exposées du Nord. Deuxièmement, protéger la population en assurant l’accès à l’eau, à l’électricité, aux soins, à l’éducation. Et troisièmenent, protéger l’avenir en anticipant les chocs climatiques, constituer des réserves stratégiques.
Deuxième pilier, le rassemblement vise à « garantir l’équilibre ». Concrètement, cela signifie la réduction des inégalités entre régions, la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales, le renforcement du lien État-citoyens par le dialogue et la transparence et la construction de la confiance dans des institutions efficaces et une justice fiable.
Un défi de taille dans un pays où les disparités territoriales restent marquées et où la justice peine à être juste.
Troisième et dernier pilier, la transformation entend changer durablement l’économie togolaise. Le programme est ambitieux. Faure Gnassingbé mise sur l’agriculture pour produire mieux, transformer localement, créer plus de valeur ajoutée. Le chef du gouvernement promet des formations qui adaptent les compétences aux besoins de l’économie. En termes d’infrastructures, il promet des routes performantes, un port compétitif, des zones industrielles attractives. En ce qui concerne l’industrialisation, il compte « faire en sorte que davantage de richesses soient produites ici, au Togo ».
En clair, celui qui gouverne le Togo veut passer d’une économie de transit à une économie de production. Mais en attendant, les attentes des togolais sont bien connues. « Les attentes de nos concitoyens sont connues. Elles sont légitimes. Face à ces attentes, la responsabilité de l’État est claire. Apporter des réponses concrètes. Des résultats. Pas des promesses. Des actions visibles. », a-t-il dit.
Une stratégie avec tous les Togolais ?
Une formule qui sonne comme un engagement — et peut-être comme un avertissement à l’endroit de son propre gouvernement. Pour le président du conseil, l’indépendance « ne prend tout son sens que si elle améliore la vie quotidienne ». Emploi des jeunes, accès aux services de base, conditions de vie, équité territoriale, sont autant de défis qui ne souffrent plus d’atermoiements.
« Une stratégie, aussi bonne soit-elle, ne réussit pas seule », reconnaît Faure Gnassingbé. D’où l’annonce d’« une phase d’échanges » dans les prochaines semaines avec les institutions, le secteur privé, la société civile et les partenaires. L’objectif serait « d’enrichir la réflexion du gouvernement autour de l’élaboration de cette feuille de route. Pour la partager. Pour la parfaire. Pour la faire vivre. » Il estime que cette démarche participative s’inscrit dans l’esprit de la Vᵉ République et d’« une action publique plus ouverte, plus concertée, plus responsable ».
Pour finir, Faure Gnassingbé estime que « C’est ensemble que nous devons continuer à construire un Togo plus souverain, plus résilient, plus juste, et plus prospère ». Plusieurs enjeux se dessinent dont la crédibilité. En effet, après plusieurs feuilles de route, les Togolais attendent des résultats tangibles. En terme de cohésion, plusieurs attendent de voir comment le pays parviendra à rester uni pour traduire dans les faits tout ce qui est annoncé.
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