Depuis le 2 mai 2025, date de la démission du gouvernement de transition, le Togo traverse une période singulière : quatre mois sans exécutif formé, dans un pays où le pouvoir présidentiel a toujours dicté le tempo de la vie politique. La prestation de serment, le 3 mai, de Faure Gnassingbé comme président du Conseil (chef du gouvernement), devait marquer le début d’une nouvelle ère, celle de la Ve République. Mais la promesse de « démocratie renforcée » et de « flexibilité dans la gestion des affaires publiques » reste, pour l’heure, une formule en attente de traduction concrète.
Dans cette vacance institutionnelle, un seul signe : la nomination, il y a deux semaines, d’un ministre secrétaire du gouvernement alors que les autres ministres en poste gèrent les affaires courantes. Trop peu donc pour rassurer des citoyens habitués à un État centralisé, où la rapidité de mise en place d’un exécutif est porteuse d’espoirs.
Faure Gnassingbé et le poids d’un parti hégémonique
Pour une partie de la classe politique, cette attente prolongée ne semble pas problématique. Me Jean Yaovi Dégli, président du mouvement Bâtir le Togo et ancien ministre, plaide pour la patience : « Donnons du temps au président du Conseil, mais l’essentiel est d’aboutir à autre chose qu’un simple replâtrage ». L’homme insiste sur la nécessité d’un véritable « gouvernement de rupture », qui romprait avec la reproduction des élites et des pratiques du passé.
Ces propos trouvent un écho au sein d’une opinion lassée des « mêmes visages et des mêmes méthodes », selon ses termes. Mais dans un pays marqué par la longévité du parti présidentiel UNIR, la perspective d’un tel renouvellement reste fragile.
En effet, le slogan du parti au pouvoir – « quand on gagne, on gouverne » – résume la logique majoritaire qui s’impose. Après une série d’élections (législatives, sénatoriales, régionales, municipales) remportées haut la main, UNIR détient une majorité écrasante dans la quasi-totalité des institutions. Ce déséquilibre rend illusoire tout partage du pouvoir et réduit les marges de manœuvre pour une ouverture politique.
Une Ve République contestée avant même d’exister
Dans ce contexte, la Ve République, adoptée par les députés et présentée comme une promesse de modernisation institutionnelle, risque de se limiter à un réaménagement cosmétique du système existant. La contestation qui gronde dans une partie de l’opposition et de la société civile en témoigne : plusieurs appels à manifestation réclament un retour à la Constitution de 1992, fruit d’un référendum, perçue comme la dernière expression authentique de la volonté populaire.
La question demeure : Faure Gnassingbé acceptera-t-il de sacrifier des figures majeures de son parti pour composer un exécutif diversifié, au risque de fissurer son socle de pouvoir ? Ou bien la Ve République se révélera-t-elle un simple habillage institutionnel d’un système consolidé depuis deux décennies sous Faure Gnassingbé ?
À défaut d’un gouvernement effectif, le pays se trouve dans une zone grise : une République proclamée, mais pas encore incarnée. Un gouvernement encore très attendu et qui déterminera si le Togo s’oriente vers une refondation politique ou vers la perpétuation d’un ordre déjà ébranlé par la lassitude populaire.
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