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‘Togo Mort’ le 16 août, nouvel appel des OSC face aux interdictions de manifester

Didier ASSOGBA
5 Min Read

Plusieurs organisations de la société civile ont dénoncé, mardi 12 août, ce qu’elles qualifient de « politique de mensonge d’État » et de « répression systématique des libertés fondamentales » au Togo. Face à la presse, le Front Citoyen Togo Debout, la Novation internationale et une vingtaine d’associations ont appelé un « Togo Mort’ pour le 16 août prochain. A l’occasion, elles ont exprimé leur « indignation » après trois refus successifs d’autorisation de manifestations pacifiques, malgré des déclarations préalables conformes à la loi.

Le droit de manifester, inscrit à l’article 30 de la Constitution togolaise de 1992 et renforcé par l’article 11 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, « est bafoué au mépris le plus total », ont affirmé les organisations de la société civile. Et pour étayer leurs accusations, elles ont passé en revue, un à un, les courriers du ministère de l’Administration territoriale qui, selon elles, témoignent d’un acharnement à étouffer toute forme de contestation.

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Trois refus, trois prétextes

Le premier refus, daté du 10 juillet 2025, intervenait en pleine campagne électorale municipale. Le ministère invoquait alors un « climat d’euphorie, de passion et d’agitation » nécessitant une gestion rigoureuse de l’ordre public. Un argument recevable, selon certains observateurs, tant les élections étaient sensibles.

Mais le second refus, le 23 juillet, survient après le scrutin du 17 juillet. Alors que la campagne est terminée et que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) venait d’annoncer les résultats provisoires, le gouvernement justifie son veto par un « processus électoral encore en cours », en raison des recours devant la Cour suprême. Une justification juridiquement fragile d’après la société civile, puisque les contentieux électoraux ne suspendent pas automatiquement le droit de manifester.

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Le troisième refus, intervenu le 07 août dernier, franchit selon les organisations « une ligne rouge ». Cette fois, les motifs invoqués sont inédits, voire surréalistes : le trajet de la marche longe la lagune de Bè, où des corps ont récemment été repêchés — un « risque élevé de bousculades » serait à craindre. Autre argument : le contexte serait « marqué par des appels à la haine » et des « attaques contre les forces de l’ordre ». Enfin, une information judiciaire étant ouverte sur ces décès, toute manifestation serait « prématurée ».

« C’est un interdit général, jusqu’à nouvel ordre, de toute manifestation pacifique », dénonce Prof David Dosseh, porte-parole du Front Citoyen Togo Debout. « On ne nous refuse plus une marche, on nous interdit désormais de penser, de pleurer, de demander justice. », a-t-il pointé.

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« Togo Mort » : une désobéissance civile annoncée

Face à ce blocage, ces organisations de la société civile annoncent une journée de désobéissance civile pour le samedi 16 août 2025, sous le nom symbolique d’« Togo Mort ». Un appel à la fermeture générale des commerces, à l’arrêt des activités, au silence collectif. « Une journée de recueillement, de refus », précisent-elles. « Refus de la soumission, refus de l’oubli, refus du bâillon. »

L’image à travers ce ‘Togo Mort’ est forte : un pays qui fait semblant de vivre, mais qui, par son silence, crie sa colère. Une société qui, « privée de la parole et de la rue », choisit l’immobilité comme arme. « Lorsque l’État interdit systématiquement les manifestations légales, il pousse inévitablement le peuple à reprendre la rue par d’autres moyens », martèlent les organisateurs.

Et ces « autres moyens » sont déjà en germe. A la suite de l’appel à observer un ‘Togo Mort’ le 16 août prochain, le M66, un collectif citoyen émergent, a d’ores et déjà annoncé une grande manifestation nationale spontanée pour le samedi 30 août. « Nous manifesterons pour nos martyrs. Nous manifesterons pour notre liberté. Nous manifesterons pour notre Constitution. Nous manifesterons pour les détenus politiques », scandent les porte-voix. « Le Togo n’est pas une prison. Il est notre pays. Il est notre avenir. »

Les organisations de la société civile présentes mardi rappellent que le Togo est signataire de plusieurs conventions internationales sur les droits civils et politiques.

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