Vendredi 3 octobre, en début d’après-midi, la militante politique et sage-femme Grâce Koumayi Bikoni a été interpellée à son domicile d’Agoè-Nyivé par quatre individus circulant dans un véhicule immatriculé au Bénin. Revenue du service, elle aurait à peine posé le pied à terre qu’il lui fut intimé l’ordre de suivre les agents au Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC) de la gendarmerie.
La scène se passait encore lorsque les deux enfants de la militante rentraient de l’école. Sous la pression des agents, c’est à peine qu’elle a pu les confier à une voisine pendant qu’ils pleuraient, avant de disparaître dans le véhicule qui a démarré en trombe.
Cette arrestation de Grâce Koumayi Bikoni, qui a immédiatement fait le tour des réseaux sociaux, rappelle la précarité des libertés publiques dans un contexte où la surveillance policière des réseaux sociaux s’intensifie. Grâce Bikoni n’en est pas à sa première confrontation avec l’appareil sécuritaire : déjà, le 6 juin 2025, elle avait été arrêtée lors de la manifestation organisée par le Mouvement du 6 juin (M66). Elle avait alors dénoncé des traitements « inhumains et dégradants » en détention, soulevant un élan de solidarité et une vague d’indignation au-delà des frontières togolaises.
Depuis, la sage-femme s’est imposée comme une voix dissonante, à la croisée des luttes sociales et politiques. Ces dernières semaines, elle dénonçait sans relâche les conditions de vie dans les zones minières, notamment autour de l’exploitation du phosphate, symbole d’une richesse nationale accaparée par quelques-uns et source de misère pour les populations riveraines. À Hahotoe et à Kpomé, elle s’était récemment faite l’écho de familles spoliées de leurs terres, arrachées à leur environnement sans réelle compensation.
Dans un contexte où la parole contestataire est systématiquement réprimée, l’arrestation de Grâce Koumayi Bikoni résonne comme un avertissement adressé à ceux qui osent lier justice sociale et critique du pouvoir.
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