Le 17 janvier 2026, Paul Henri Sandaogo Damiba, ancien chef d’État burkinabè, a été extradé du Togo vers le Burkina Faso. Un tournant décisif dans un dossier sensible et aux enjeux diplomatiques considérables. Ouagadougou salue Lomé pour la coopération judiciaire.
L’affaire, révélée par un communiqué officiel du ministère burkinabè de la Justice daté du 20 janvier, est survenue à la suite d’une dénonciation portée le 5 janvier devant le Tribunal de Grande Instance d’Ouagadougou. Le procureur du Faso avait alors requis un mandat d’arrêt international contre l’ancien général, accusé d’avoir participé, « en tant que personne civile et militaire », à des actes préparatoires d’atteinte à la sûreté de l’État, de détournement de deniers publics, d’incitation à la commission d’infractions et de blanchiment de capitaux.
Les charges retenues contre Paul Henri Sandaogo Damiba sont précises : elles s’appuient sur les articles 131-8, 331-1, 332-2, 332-17, 332-24, 614-1, 614-3 du code pénal burkinabè, ainsi que sur les articles 9, 174, 184 à 187, 196 à 199 et 202 de la loi n°046-2024/AL/T du 30 décembre 2024 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.
Le juge d’instruction, saisi le 6 janvier, a immédiatement ordonné l’arrestation internationale de Damiba. La Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Lomé, saisie par les autorités burkinabè, a rendu le 16 janvier un arrêt (n°013/2026) autorisant son extradition. Damiba a donc été arrêté au Togo et transféré le lendemain à Ougadougou, où il est désormais détenu en vue de répondre aux accusations qui pèsent sur lui.
Le cas Paul Henri Sandaogo Damiba : un précédent dangereux ?
Dans son communiqué, le ministère de la Justice burkinabè se félicite de cette « parfaite coopération judiciaire » avec le Togo, qu’il présente comme un signe des « bonnes relations entre nos deux États ». Mais derrière ce discours diplomatique, les observateurs notent des tensions latentes.
Paul Henri Sandaogo Damiba, qui a pris le pouvoir en janvier 2022 après un coup d’État contre Roch Marc Christian Kaboré, a été renversé à son tour en septembre 2022 par Ibrahim Traoré. Depuis, il vivait en exil au Togo — un refuge jugé stratégique par certains analystes, compte tenu des liens historiques entre les deux pays, mais aussi de la proximité géographique et des réseaux sécuritaires partagés.
Son extradition soulève des questions fondamentales notamment sur l’opportunité et la garantie d’un procès équitable. Par ailleurs, d’aucuns estiment que cette extradition était un signal envoyé à d’autres dirigeants déchus en Afrique ?
L’extradition de Paul Henri Sandaogo Damiba pourrait créer un précédent inquiétant. En Afrique, les anciens chefs d’État déchus bénéficient souvent d’un statut implicite d’« inviolabilité » — même lorsqu’ils sont accusés de crimes graves. Ce mécanisme, bien que contestable, permet d’éviter des crises post-coup d’État encore plus violentes. Or, le cas Damiba semble briser cette règle tacite.
Pour l’instant, les autorités togolaises ont expliqué avoir reçu des garanties de la part du régime du Capitaine Ibrahime Traoré quant à un procès équitable et à la non existence de la peine de mort dans le pays.
La suite, comme souvent en Afrique, se jouera autant dans les tribunaux que dans les couloirs du pouvoir.
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