À la tribune des Nations unies, le 27 septembre 2025, le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey a livré un discours aussi offensif qu’ambitieux. Dans un plaidoyer aux accents panafricanistes, il a présenté les « performances remarquables » du Togo sur la scène nationale avant de revendiquer, au nom du continent, justice et réparations pour l’esclavage, la colonisation et l’exclusion de l’Afrique des instances de gouvernance mondiale.
Le Togo comme vitrine des ODD
Dès les premières lignes de son intervention, le chef de la diplomatie togolaise a tenu à souligner « les performances remarquables » du Togo en matière de développement. Se présentant comme une vitrine de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD), Lomé affirme avoir intégré plus de 70 % des cibles de l’Agenda 2030 dans ses politiques publiques.
À l’appui, une longue série de résultats : la digitalisation des services fiscaux et douaniers, la réforme du climat des affaires, l’amélioration de l’accès à la santé et à l’eau potable, la hausse de l’électrification et de l’inclusion financière, ou encore la progression du rendement agricole. Selon Dussey, ces efforts ont permis de porter la croissance économique du pays à 7 % en 2025, tout en réduisant la pauvreté à 24,8 % contre plus de 50 % en 2020.
Dans un contexte régional marqué par l’instabilité, le ministre a tenu à rassurer : « Le Togo va bien, le Togo va même mieux », insistant sur la résilience d’un pays qui veut conjuguer stabilité politique et ambition économique.
Robert Dussey réclame justice pour l’Afrique
Mais l’essentiel de l’allocution était tourné vers le continent. Robert Dussey a dressé un inventaire des injustices subies par l’Afrique : esclavage transatlantique, colonisation, spoliation culturelle et marginalisation dans les instances internationales. « L’Afrique réclame justice parce qu’elle a payé de son sang et de ses ressources la prospérité d’autres continents », a-t-il martelé, avant d’exiger que la traite, la déportation et la colonisation soient reconnues comme des génocides contre les peuples africains comme pour parler du ‘génocide africain’.
Une insistance qui se veut à la fois symbolique et politique, inscrivant le combat africain pour les réparations dans le cadre plus large du droit international.
Pour illustrer ses propos, le ministre a choisi un symbole fort : la carte du monde de Mercator, qui « réduit l’Afrique d’environ moitié tout en grossissant l’Europe et l’Amérique du Nord ». Pour lui, la bataille pour la justice passe aussi par la décolonisation de la géographie. D’où son appel à une campagne mondiale baptisée « Correct the Map », visant à redonner au continent sa juste place dans les représentations.
Un panafricanisme de justice
Sur le terrain institutionnel, Robert Dussey a rappelé l’exigence africaine d’une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, estimant que l’octroi de sièges permanents au continent relève non seulement de la justice historique mais aussi d’une nécessité pour crédibiliser le multilatéralisme.
Le chef de la diplomatie togolaise a également salué la convergence de vues entre l’Afrique et les Caraïbes autour de la cause des réparations. Cette dynamique transatlantique, déjà actée lors du sommet Afrique-Caraïbes de septembre, ouvre selon lui la voie à une « décennie panafricaine de la justice » (2026-2036).
Le Togo, qui accueillera en décembre le 9ᵉ Congrès panafricain à Lomé, entend placer cette question au cœur des débats, sous le thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales ». Robert Dussey a invité la communauté internationale à s’y associer, affirmant que la réparation « n’est pas qu’un combat africain, mais un combat pour l’humanité » afin que « jamais plus les injustices du passé ne dictent les inégalités du présent ».
À travers ce discours, le Togo s’érige en porte-voix d’une Afrique qui veut tourner la page des humiliations passées, mais sans effacer la mémoire. Une Afrique qui, selon les mots du ministre, « réclame réparation pour mieux bâtir un avenir de justice, d’équité et de paix durable ».
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