La scène a valeur de symbole. Lundi 15 décembre, lors d’une visite inopinée au ministère de la Fonction publique, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a confronté, sans ménagement, l’appareil administratif aux réalités qu’il dénonce depuis son arrivée au pouvoir. Le chef de l’Etat a pointé l’absentéisme massif, l’inertie bureaucratique et le retard numérique.
Le constat dressé à l’occasion de la levée des couleurs a été brutal. Sur près de 400 agents officiellement affectés au siège du ministère, à peine une soixantaine avaient répondu à l’appel. Une situation que le chef de l’État a jugée inacceptable, y voyant non seulement un manquement professionnel, mais aussi un préjudice direct pour les finances publiques. « Je ne peux pas accepter que sur un effectif de 400, il y en ait à peine 60 aux couleurs un lundi matin », a-t-il lancé, visiblement irrité.
Assimilant cette défaillance à une forme de gaspillage des ressources de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema a promis des mesures coercitives. Des sanctions sévères, allant jusqu’à la radiation, sont désormais évoquées pour les agents régulièrement absents. « L’État paye cadeau… Il faut trouver ceux qui ne viennent pas au travail. Je veux des licenciements », a-t-il martelé, exigeant des rapports immédiats de la hiérarchie.
Au-delà de la question disciplinaire, le président a ciblé un mal plus profond : l’archaïsme persistant des méthodes de travail. Dans les bureaux visités, des dossiers de concours encore entassés dans des cartons, sans aucune numérisation, ont illustré à ses yeux l’inefficacité des circuits administratifs. « Pourquoi ce n’est pas numérisé ? À quel moment vous allez changer vos méthodes ? », a-t-il interrogé, dénonçant un État lent et déconnecté des attentes des citoyens.
Oligui Nguema critique la bureaucratie
Pour le chef de l’État, ces dysfonctionnements nourrissent la défiance envers l’administration. « Un pays est fort par son administration », a-t-il rappelé, avant de fustiger une culture de l’attentisme où la responsabilité serait systématiquement renvoyée au sommet. « Ici, on hésite. On attend toujours que la sanction vienne du Président. Ce n’est pas normal », a-t-il déploré.
Dans ce plaidoyer pour une réforme en profondeur, Oligui Nguema a appelé à une responsabilisation accrue des cadres administratifs, les exhortant à « tenir la maison » et à instaurer une discipline inspirée, selon ses mots, de la rigueur militaire, notamment en matière de contrôle des présences.
Le message adressé aux agents jugés peu investis s’est voulu sans ambiguïté. Le président n’a pas exclu un renouvellement générationnel de la Fonction publique. « Il y a des jeunes Gabonais sortis des universités, prêts à travailler et qui comprennent le numérique », a-t-il souligné, estimant que cette jeunesse pourrait remplacer ceux qui « traînent dans les bars ».
Tout en reconnaissant les contraintes matérielles et humaines pesant sur certains services, le chef de l’État a rappelé les efforts engagés par le gouvernement pour améliorer les conditions de travail, notamment à travers la construction de nouveaux bâtiments administratifs et l’équipement progressif des ministères, avec des livraisons annoncées dès avril prochain.
Brice Clotaire Oligui Nguema a résumé sa vision par une formule qui sonne comme un avertissement à l’ensemble de l’appareil public : « Le changement ne se décrète pas dans les discours. Ce n’est pas dans les discours qu’on change un pays, c’est dans le travail et dans les habitudes. »
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