Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye a effectué une visite de travail à Lomé, répondant à l’invitation de Faure Gnassingbé, président du Conseil du Togo. Cette rencontre, la première du genre depuis l’élection de M. Faye, s’inscrit dans une quête de convergences ouest-africaines, dans un contexte de recomposition géopolitique dans la région.
Le déplacement de Bassirou Diomaye Faye intervient dans une tournée régionale qui l’avait conduit quelques jours plus tôt à Cotonou, avant un déplacement prévu samedi à Monrovia pour la célébration du 178ᵉ anniversaire de l’indépendance du Liberia.
Un tête-à-tête à forte portée symbolique
Le huis clos entre les deux dirigeants a porté sur la paix et la sécurité, l’économie, la jeunesse, l’intégration régionale et la culture. À l’issue des discussions, Faure Gnassingbé a insisté sur l’importance de « renforcer les liens historiques » entre les deux pays, pour « bâtir un avenir commun au service de la paix et du développement autonome du continent ».
Ce langage diplomatique, classique, résonne pourtant dans un contexte où l’espace ouest-africain est traversé par de profondes mutations : crises sécuritaires persistantes au Sahel, recomposition des alliances régionales, et remise en question du modèle d’intégration incarné par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
La diplomatie itinérante de Diomaye Faye
Depuis son accession au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye multiplie les déplacements, privilégiant une approche de « diplomatie de proximité ». À Cotonou, le 15 juillet dernier, il avait appelé, aux côtés de Patrice Talon, à un rapprochement des peuples au sein de la CEDEAO et de l’UEMOA, dans un contexte où plusieurs États membres contestent le fonctionnement et la légitimité de ces institutions.
L’étape togolaise prolonge cette démarche. Le Togo, sous l’impulsion de Faure Gnassingbé, joue régulièrement un rôle de médiateur discret dans les crises régionales, tout en consolidant son positionnement comme un hub logistique et diplomatique dans le Golfe de Guinée. Pour le Sénégal, traditionnellement perçu comme un pilier stable de la région, l’objectif est d’affirmer un leadership renouvelé, en rupture avec la politique d’équilibre de Macky Sall, tout en cherchant de nouvelles convergences face aux fractures régionales.
Intégration régionale et souveraineté économique
Si la note officielle reste évasive, la mention explicite de la jeunesse et de la culture faite par Faure Gnassingbé traduit un souci de redéfinir les priorités de coopération au-delà des seuls enjeux sécuritaires. Les deux pays, confrontés à une pression sociale croissante et à une jeunesse souvent exclue du développement économique, cherchent à repositionner leur action dans un contexte de montée des aspirations souverainistes et d’émergence de discours panafricanistes.
La visite de Lomé, en apparence protocolaire, illustre une tendance lourde : l’affirmation d’un nouvel espace diplomatique ouest-africain, où des États moyens – Togo, Sénégal, Bénin – entendent jouer un rôle accru dans un environnement marqué par le retrait partiel des puissances occidentales et la recomposition des alliances régionales.
Cliquez-ici pour nous rejoindre sur notre chaîne WhatsApp



