Quarante ans après son entrée en vigueur, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples s’impose à nouveau au cœur du débat continental. À l’occasion de cet anniversaire symbolique, célébré en 2026, plusieurs organisations panafricaines, réunies entre Dakar et Abidjan, lancent un appel solennel à la mobilisation pour faire de ce texte fondateur un véritable levier de transformation démocratique.
Adoptée à Nairobi en 1981 et entrée en vigueur en octobre 1986, la Charte africaine est souvent présentée comme l’un des instruments juridiques les plus novateurs du système international des droits humains. Elle se distingue par une vision enracinée dans les réalités africaines, consacrant à la fois les droits individuels et collectifs, le lien entre droits et devoirs, et le principe de solidarité.
À l’époque, le continent affirmait ainsi sa volonté de participer pleinement à l’universalité des droits, sans renoncer à sa propre identité.
La Charte africaine, un héritage à défendre
L’histoire de la Charte africaine rappelle toutefois que les avancées en matière de droits humains ne sont jamais définitivement acquises. Les lenteurs de ratification, les résistances politiques et les engagements parfois purement déclaratoires ont longtemps freiné sa pleine application. Le rôle joué dans les années 1980 par certains dirigeants, sous l’impulsion notamment du président sénégalais Abdou Diouf à la tête de l’OUA, reste néanmoins un exemple de diplomatie de conviction au service des libertés.
Quarante ans plus tard, le bilan demeure contrasté. Si des institutions de protection ont émergé, les violations persistent. Et parmi les libertés les plus menacées figure celle de l’expression, pilier de toute société démocratique.
Dans de nombreux pays africains, les professionnels des médias continuent de faire face à des intimidations, poursuites abusives, détentions arbitraires ou pressions économiques. Ces atteintes, rappellent les signataires, ne visent pas seulement des individus mais fragilisent l’espace civique dans son ensemble.
Pour Benoît S. Ngom, président fondateur de l’Académie diplomatique africaine (ADA), et Yao Noël, président de l’Union des journalistes de la presse libre africaine (UJPLA), la défense de la liberté de la presse est une obligation juridique découlant directement de la Charte.
Ils appellent les États, l’Union africaine, la société civile et les citoyens à faire de ce 40e anniversaire non une commémoration, mais un tournant. « L’histoire jugera notre génération non sur sa capacité à célébrer la Charte, mais sur sa volonté à la faire vivre », concluent-ils.
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