Alors que l’est de la RDC reste en proie à des violences récurrentes malgré plusieurs accords de paix, les plus hautes autorités africaines ont convergé à Lomé le week-end dernier pour tenter de mettre fin à la cacophonie diplomatique qui entrave toute avancée durable. Sous la houlette de Faure Gnassingbé, Médiateur désigné par l’Union africaine (UA) pour la crise congolaise, une Réunion de haut niveau s’est tenue samedi 17 janvier dans la capitale togolaise. La rencontre visait à restaurer la cohérence stratégique entre les multiples initiatives de paix.
Parmi les participants figuraient d’anciens chefs d’État devenus piliers de la diplomatie africaine : Olusegun Obasanjo (Nigeria), Uhuru Kenyatta (Kenya), Catherine Samba-Panza (Centrafrique), Mokgweetsi Masisi (Botswana) et Sahle-Work Zewde (Éthiopie), tous membres du Panel des Facilitateurs. Étaient également présents les ministres des Affaires étrangères de la RDC, du Rwanda, de l’Angola, du Burundi, de l’Ouganda, ainsi que des représentants des États-Unis, du Qatar, de la France, de l’ONU, de la SADC, de la CAE et de la CIRGL.
Trop d’initiatives, trop peu de coordination pour l’Est de la RDC
Le communiqué final adopté à l’issue des travaux ne mâche pas ses mots : la multiplication des cadres de médiation — Washington, Doha, Nairobi, Luanda, Paris — a certes permis de maintenir un espace de dialogue, mais au prix d’une fragmentation préjudiciable. « Il est temps de capitaliser sur les synergies existantes et d’éviter toute duplication », souligne le texte.
La réunion a salué les avancées récentes — notamment la Déclaration de principes de Washington (avril 2025), les Accords de paix signés entre Kinshasa et Kigali en juin et décembre 2025, ainsi que le Cadre d’intégration économique régionale de novembre 2025. Elle a aussi reconnu le rôle crucial des pourparlers de Doha, qui ont abouti à un accord-cadre assorti de huit protocoles thématiques, dont six restent encore à finaliser.
Mais ces succès partiels ne suffisent plus. « La paix ne se construit pas par accumulation de déclarations, mais par mise en œuvre coordonnée », a insisté Faure Gnassingbé dans son discours d’ouverture, appelant à transformer le « processus africain unifié » en un mécanisme opérationnel crédible.
Un rôle central confirmé pour le Togo
Les participants ont acté une révision de l’architecture de la Médiation, désormais structurée autour d’un Secrétariat conjoint indépendant chargé d’appuyer techniquement le Panel des Facilitateurs. Ce dernier est officiellement consacré comme mécanisme central d’appui politique à la Médiation, agissant sous la direction exclusive du Médiateur — c’est-à-dire du Togo.
Quatre décisions clés ont été prises à savoir la reconnaissance de la centralité de la Médiation togolaise ; l’harmonisation de la compréhension du « processus unifié de médiation » à l’échelle continentale ; l’alignement de tous les acteurs autour de la nouvelle architecture ; ’adoption d’un document-cadre stratégique et d’un plan de travail opérationnel pour les Facilitateurs.
Ces mesures visent à imposer une discipline diplomatique rarement observée dans les crises africaines, où les puissances régionales et internationales rivalisent souvent d’influence.
La paix doit être « vécue », pas seulement signée
Au-delà des structures, les participants ont rappelé que la crédibilité du processus se mesurera à l’aune de son impact sur le terrain. « Les populations de l’est de la RDC ne croient plus aux signatures si elles ne voient pas la sécurité revenir, les écoles rouvrir, les marchés fonctionner », a souligné un diplomate présent.
C’est pourquoi la réunion a exhorté les parties — en particulier le gouvernement congolais et l’AFC/M23 — à reprendre sans délai les négociations de Doha pour boucler les six protocoles restants, portant notamment sur le désarmement, le retour des réfugiés et la gestion des ressources naturelles.
En accueillant cette réunion, le Togo confirme son rôle grandissant comme facilitateur de crises complexes. Depuis sa nomination comme Médiateur de l’UA en 2024, Faure Gnassingbé a su fédérer des acteurs longtemps divisés, tout en maintenant un dialogue constant avec Washington, Doha et les capitales africaines.
À Lomé, l’Afrique a choisi de miser sur l’unité plutôt que sur la dispersion. Pour la première fois depuis longtemps, un cadre commun, clair et africain, semble émerger. Une lueur d’espoir fragile, mais précieuse.
Rejoignez-nous sur notre chaîne WhatsApp pour plus de détails



