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Patrice Talon : ‘Je suis peiné, je continue de l’être’

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Patrice Talon

Dix jours après la tentative de putsch du 7 décembre, Patrice Talon a choisi de sortir du silence. Jeudi, à Cotonou, le président béninois a longuement échangé avec la presse. Son intervention mêlait confidences personnelles, mise au point sécuritaire et plaidoyer politique, au lendemain de la promulgation de la nouvelle Constitution, intervenue mercredi 17 décembre.

Visiblement affecté, mais déterminé à rassurer, le chef de l’État béninois a ouvert la rencontre sur un ton inhabituellement personnel. « Je suis heureux de vous retrouver. Je vais bien, même si mon moral a pris un petit coup. Je suis peiné pour l’image que ceux-là donnent de notre pays », a-t-il confié, avant d’adresser un message indirect à l’opinion : « Dites aux enfants que je vais bien. »

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Un “coup” sans coup d’État

Patrice Talon a tenu à dissiper ce qu’il considère comme une confusion majeure : l’implication de la Garde nationale dans les évènements du 7 décembre. « Ce n’est pas la Garde nationale qui a opéré l’attaque, non. Heureusement… », a-t-il insisté, précisant que des jeunes militaires en formation à Togbin avaient été entraînés « contre leur gré » par les mutins.

Le président a salué la loyauté de l’armée béninoise, affirmant que dès les premières alertes, plusieurs casernes, notamment à Dessa et Ouidah, avaient pris l’initiative de demander des instructions. « Dans toute communauté, il y a des crapules », a-t-il lâché, résumant sa lecture de l’événement.

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Refusant toutefois le terme de coup d’État, Patrice Talon a livré une définition restrictive de la situation. « Un coup d’État nécessite qu’une bonne partie de l’armée et de la population se rallient. Ce n’était pas le cas. », a-t-il dit. Il reconnaît néanmoins un certain aveuglement. « Nous étions un peu dans un excès d’assurance », admet-il, comparant la situation à celle des pays occidentaux où l’idée même d’attaquer un palais présidentiel relèverait de l’inimaginable.

À l’endroit des auteurs du putsch manqué, le ton est sans concession. Patrice Talon parle de « voyous », de « petits terroristes », d’« insensés ». Il avertit également ceux qui auraient manifesté une quelconque satisfaction : « On ne peut pas se réjouir d’un crime. Ceux qui se sont réjouis sont comptables. »

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Pour autant, il se refuse à toute interprétation politique. « Ma lecture est sociologique, pas politique », affirme-t-il, assurant ne tirer « aucune conséquence politique » de cet épisode.

Le président est allé jusqu’à révéler des échanges directs avec le chef présumé des mutins. « À un moment, nous avons eu Tigri au téléphone. Nous lui avons dit : “c’est de la folie ce que tu fais” », raconte-t-il, précisant que ce dernier aurait demandé à ne pas être bombardé avant de fuir en civil. Talon espère désormais une coopération régionale pour l’extradition des fugitifs.

Le septennat, un choix assumé de Patrice Talon

La conférence de presse a également été l’occasion de défendre la nouvelle Constitution, qui introduit le Sénat et porte le mandat présidentiel de 5 à 7 ans. Un choix sensible pour Patrice Talon, arrivé au pouvoir en 2016 en promettant de ne faire qu’un seul mandat.

Après neuf années à la tête du pays, il assume néanmoins ce tournant. « Cinq ans, c’est trop court », tranche-t-il. À l’appui, une série de grands projets toujours en cours : la réinvention de la cité lacustre de Ganvié, la relocalisation du marché Dantokpa, le bitumage des routes ou encore la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale. « Le temps des études et des contre-expertises est chronophage », reconnaît-il.

Sa conclusion est sans appel : « Le temps de l’action politique est plus long que le temps de la reddition de comptes. » Selon lui, gouverner dans l’urgence conduit à la précipitation, sans garantir des résultats durables.

Face aux comparaisons avec l’Europe ou l’Amérique du Nord, Patrice Talon oppose la réalité béninoise. « Là-bas, on ne demande pas l’eau, la route, l’électricité ou les écoles », souligne-t-il. « Nous faisons un saut dans l’avenir avec des besoins qui datent du Moyen Âge. »

Pour finir, le président béninois a tenu à se défendre de toute ambition personnelle. Le septennat, affirme-t-il, « n’est pas à mon profit. Il sera au profit du Bénin ».

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